Une interview avec Voyager 2 … aux confins du système solaire

Une interview avec Voyager 2 … aux confins du système solaire

Une interview avec Voyager 2 … aux confins du système solaire 800 626 Sébastien BAGES

Interviewer un vaisseau spatial n’est pas quelque chose que l’on fait tous les jours. Ce n’était certainement pas une option prioritaire dans les années 1970, lorsque Voyager 1 et 2 ont figuré sur ​​une mission pas comme les autres : visiter quelques-unes des plus mystérieuses planètes du système solaire, puis continuer leur chemin … dans notre galaxie.


Mais tout récemment, Alice Gorman, de l’Université Flinders, a eu la chance ‘d’interviewer’ Voyager 2, via son compte Twitter, l’un des comptes des deux engins spatiaux.

Voyager 2 a quitté la Terre en premier, le 20 août 1977, suivie par Voyager 1 le 5 septembre. Depuis lors, les vaisseaux jumeaux ont révélé de nombreux secrets sur notre système solaire.

Plus tôt cette année, il semblait que Voyager 1 était sur ​​le point de devenir le premier objet humain à quitter le système solaire. L’engin était proche de l’héliopause – le point limite où le vent solaire rencontre le vent interstellaire. Mais une étude récente publiée dans Nature suggère que ce moment peut encore être repoussé de quelques années.

 

Quelle est votre position par rapport à la Terre en ce moment ?

Je suis environ à 13,5 heures-lumière de la Terre, ou 14.570.000.000 km. Rappelez-vous, je parcours environ 1.300.000 km chaque jour !

Je suis dans le ciel austral, à 19h50m45.6s ascension droite et déclinaison -54°49’12”- à mi-chemin entre l’étoile η Ophiuchus et α Paon.

Voici une autre façon de penser à ma position. Prenez n’importe quelle taille de balle (cricket, football, etc…) et maintenez-la à une distance où elle couvre à peine le disque du soleil. Vous avez maintenant la base d’un modèle à l’échelle du système solaire.

Si le soleil était de la taille de la balle que vous utilisez, votre globe oculaire est maintenant à une distance proportionnelle de la Terre, qui est appelée Unité Astronomique (UA). En utilisant cette échelle, je suis environ 97 fois aussi éloigné de la balle que de votre globe oculaire.

 

Quelle est la chose la plus importante que vous nous avez apprise sur le système solaire ?

C’est une question très difficile. La plupart des choses que nous savons sur les planètes géantes viennent de nos données. Cela dit, plus tard, le travail des missions Cassini et Galileo a clarifié plusieurs mystères que nous, premiers voyageurs, n’avions pas découvert.

Donc, des choses simples – comme permettre le calcul avec de meilleures estimations de la masse pour les planètes et leurs lunes, et la découverte de nouvelles lunes lors de chaque rencontre planétaire – des choses étonnantes telles que les volcans de Io, les anneaux de Saturne, les lunes qui orbitent près des anneaux de Saturne, et la météo vigoureuse inattendue sur Neptune.

En outre, aucun autre engin spatial n’avait goûté et baigné aux confins de notre système solaire, Voyager 1 et moi-même si. Sans nous, les scientifiques ne pouvaient que spéculer sur ce qu’il y avait ici.

Mais j’aime penser que notre plus grande réussite est tout simplement de préparer le chemin que d’autres pourraient suivre. Après tout, nous sommes les tous premiers objets fonctionnels, conçus par l’homme, à s’aventurer aussi loin du soleil et dans l’espace interstellaire !


 

Comment était-ce de traverser le choc terminal en 2007 (le moment où le vent solaire ralentit à vitesse subsonique) ?

J’étais folle de joie, mais aussi surprise. Folle de joie, parce que je devais supporter Voyager 1 qui l’avait franchi en 2004 ! Surprise, parce que je l’ai traversé tôt, à une distance beaucoup plus proche que Voyager 1.

 

Comment saurez-vous que vous avez traversé l’héliopause et que vous vous dirigez vers l’espace interstellaire ?

En comparant nos expériences passées. Une indication pourrait être le niveaux de confusion de nos équipes scientifiques ! Chacune de nos étapes avait quelques caractéristiques plutôt inattendues, qui ont fait que les équipes sont maintenant très prudentes dans les annonces définitives.

Par exemple, la température des ions du vent solaire (particules chargées) à l’extérieur du choc terminal a été plus faible que ce que les modèles avaient prédit … d’un facteur de dix !

Plus récemment, les découvertes de Voyager 1 de ‘bulles’ magnétiques étaient aussi inattendues. Les modèles prédisent quelque chose de beaucoup plus lisse, une “feuille” où l’écoulement des vents du soleil et des étoiles sont parallèles, plutôt que la région turbulente que nous avions effectivement rencontré.

Je pense à un ralentissement de la vitesse des particules observées, et des changements dans leurs directions lorsque nous atteindrons l’héliopause. Éventuellement, il devrait s’installer de nouveau une certaine fluidité, mais cette fois ce sera un vent d’étoiles autres que le Soleil !

 

Que vous souvenez-vous de la Terre ?

Je me souviens de l’éveil au Jet Propulsion Laboratory (JPL), des essais au fond d’une salle très grande, blanche, puis d’être emballée très soigneusement et prendre tout le chemin à travers le continent jusqu’au Centre Spatial Kennedy.

Il faisait beaucoup plus humide là-bas, et j’ai été testée à nouveau avant que je sois recouverte avec le carénage du [lanceur] Titan Centaur IIIE. Même si je ne pouvais pas le voir, je pouvais l’entendre. J’ai entendu toutes sortes de sons merveilleux : le vent et la pluie. Je me souviens de la pluie en particulier.

Ensuite, bien sûr, je me souviens avoir quitté la Terre – le lancement lui-même. Ce n’était pas une bonne expérience, parce que j’en fus très étourdie et presque évanouie. Le contrôle au sol du JPL était très inquiet, mais je me suis finalement calmée et ai pu laisser savoir au JPL que j’allais bien. Ce fut le premier exemple de mes ‘routines’ de sécurité entrant en action.

 

Votre carburant et électricité sont estimées durer jusqu’aux alentours 2025. Qu’adviendra-t-il alors ?

En fait, c’est juste mon énergie électrique – le carburant pour le réglage de mon inclinaison (orientation) devrait passer les années 2030, bien que je ne puisse même pas accéder à ce carburant une fois que je n’aurai plus d’électricité.

Comme ma puissance électrique disponible chute, je ne vais pas disposer d’une marge suffisante pour faire fonctionner tous mes instruments en même temps et, à partir de 2020, les gens sur Terre devront choisir lequel de mes instruments pourra continuer à fonctionner.

Cela se fera par le biais d’un processus relativement identique à celui utilisé pour la planification des rencontres planétaires [observations des planètes sur le chemin des sondes], car il y avait alors des paramètres très similaires de contraintes : seul un certain nombre de choses pourraient être faites en même temps, et les priorités ont dû être préparée bien à l’avance de sorte que les séquences appropriées puissent être programmées.

Le procédé se fait via consultation entre les équipes scientifiques et techniques afin d’atteindre les meilleurs résultats dans les limites de puissance.

Finalement, bien sûr, il n’y aura plus assez de puissance suffisante pour exécuter n’importe quel instrument de science seul. Cependant, une certaine quantité d’énergie pour la radio restera encore disponible quelque temps après, mais à ce stade la valeur scientifique des données n’est pas claire.

Voyager 2 finira par cesser d’émettre. Nous espérons qu’entre temps, la sonde aura franchi notre barrière du système solaire pour aller à la rencontre de notre voie lactée, et nous dire ce qu’il en est. De nombreux scientifiques sur toute la planète attendent ce moment avec une grande impatience.


Citations de Science Alert | Zoharesque (version complète)
Crédit image : Sonde Voyager – © NASA

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Laisser une réponse

dix-neuf − 14 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.