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Un implant permet à un aveugle de lire du braille avec ses yeux

Un implant permet à un aveugle de lire du braille avec ses yeux

Un implant permet à un aveugle de lire du braille avec ses yeux 901 600 Sébastien BAGES

Des personnes aveugles pourraient bientôt être en mesure de lire des panneaux de signalisation à l’aide d’un implant qui traduit l’alphabet en braille et transmet l’image en braille directement aux neurones visuels situés à l’arrière de l’œil.


L’implant est une version modifiée d’une série de dispositifs appelés prothèses rétiniennes, qui sont utilisées pour restaurer une vue partielle pour les personnes atteintes de rétinite pigmentaire (RP). Il s’agit d’une maladie oculaire dégénérative qui détruit les cellules photoréceptrices de la rétine. La RP a tendance à toucher les gens à l’âge adulte et peut conduire à la cécité, mais laisse intact les neurones qui transmettent les signaux visuels au cerveau.

Des prothèses, telles que l’Argus II, fabriqué par Second Sight à Sylmar, en Californie, convertissent la vidéo, via une caméra montée sur une paire de lunettes, en signaux électroniques qui “s’affichent” sur une grille de 10 électrodes par 6 implantées sur la rétine d’une personne. Cela donne aux utilisateurs une vue pixellisée du monde, leur permettant ainsi de distinguer les régions claires et sombres, et même de détecter des objets tels que des portes.

Mais déchiffrer des lettres et des mots avec cette prothèse est fastidieux en raison de sa faible résolution. Pour rendre cela plus pratique, Thomas Lauritzen, de Second Sight, et ses collègues ont mis au point une version modifiée de l’Argus II qui affiche du braille à l’utilisateur. Le braille est pratique puisqu’il représente des lettres et des chiffres sous forme de points, et, ici, dans une grille 3-par-2, il peut être affiché en utilisant le réseau d’électrodes d’implants Argus existants.


L’implant a été modifié et déjà essayé sur un volontaire, lecteur de braille, qui utilise déjà l’Argus II. En testant sur de simples lettres et mots d’un maximum de quatre lettres, transmises en braille à l’implant rétinien, la personne a correctement identifié 89% du temps les lettres et 60 à 80% du temps les mots. Les mots longs devraient être plus faciles à lire, a prédit Lauritzen, car déchiffrer une mauvaise lettre seule crée plus de confusion quand le mot est court.

L’utilisateur est en mesure de lire à une vitesse d’au moins une lettre par seconde. En revanche, les lettres pixélisées de la version classique d’Argus peuvent prendre des dizaines de secondes à déchiffrer, et des mots entiers jusqu’à quelques minutes.

 

Pas un substitut du braille

Le système modifié ne vise pas à remplacer les textes en braille standard : un utilisateur peut lire en braille typique jusqu’à 800 lettres par minute par le toucher. Le système prend tout son sens uniquement dans des situations où aucune version en braille d’un texte n’est disponible. Il pourrait s’avérer être très utile pour lire du texte dans des lieux publics, par exemple, des affiches ou encore des panneaux de signalisation. Il y a environ 65.000 personnes aux Etats-Unis et en Europe qui ont d’assez graves RP pour bénéficier de la prothèse, a expliqué Brian Mech, vice-président Business Development de Second Sight.

Une fois que le système a correctement été testé, l’équipe a l’intention de fournir la fonctionnalité braille comme un mode distinct du Argus II. En mode Braille, le dispositif permettrait de contourner l’unité de traitement vidéo et d’utiliser plutôt un logiciel de reconnaissance de texte pour identifier les signes et les convertir en images braille à la volée. Même si cela n’a pas été utilisé dans l’étude récente, il existe des logiciels qui peuvent trouver et lire environ 90% des signes, a dit Lauritzen. « C’est déjà assez bien, et il faudra sans doute s’améliorer avec le temps ».

« Second Sight a accompli un travail remarquable depuis des années », a souligné Patrick Degenaar de l’Université de Newcastle au Royaume-Uni. « Mais l’objet est de savoir si une quelconque prothèse peut restaurer les capacités de l’utilisateur. Le problème avec les prothèses optiques actuelles est leur faible résolution ».


 

Retour sonore

Ajouter des électrodes supplémentaires dans le même espace n’est actuellement pas possible parce que les effets électrolytiques se dégraderont si elles sont trop rapprochées. « Au fil du temps les électrodes vont se dégrader », s’inquiète Degenaar. Tirer le meilleur parti de la faible résolution et de l’utilisation de la grille pour effectuer un affichage en braille est une bonne idée, a-t-il dit, mais d’autres options devraient également être explorées. Si les logiciels de reconnaissance textuelle sont déjà si performants, alors « pourquoi ne pas les utiliser pour fournir de la rétroaction auditive plutôt que le braille ? », a-t-il questionné.

« Tout ce qui conduit à de nouvelles façons de restaurer la vision est la bienvenue », a déclaré Pete Osborne, directeur Braille en chef à l’Institut National Royal des Aveugles à Londres. Les prothèses visuelles en général ne s’essayent pas à reproduire la vue, et le défi est de trouver la meilleure solution. Par ailleurs, le braille a été conçu comme un moyen de lecture par le toucher.

Cette recherche a été publiée dans la revue Frontiers in Neuroscience, sous la référence DOI: 10.3389/fnins.2012.00168.

Citations de New Scientist
Crédit image À-la-Une : Le manque de signalisation en braille pourrait bientôt ne plus être un obstacle – © Elizabeth Ellen / plainpicture

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Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

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