Surfer sur la vague allemande pour lancer la transition énergétique en France ?

Surfer sur la vague allemande pour lancer la transition énergétique en France ?

Surfer sur la vague allemande pour lancer la transition énergétique en France ? 1000 490 Luis Bicalho

L’Allemagne vit une véritable révolution de l’énergie, avec un mouvement citoyen qui s’empare dès la base de la production des énergies renouvelables. Le citoyen, premier propriétaire d’installations renouvelables électriques avec 40% de la production ? Nous nous apprêterions à suivre la même voie.


Le lancement du débat national sur la transition énergétique qui doit déboucher sur une loi courant Septembre 2013 est l’occasion d’un renforcement de la coopération entre la France et l’Allemagne avec la création depuis février 2013 d’un Office franco-allemand pour les énergies renouvelables, qui vient de prendre son siège au ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie à Paris. C2.0Actus était présent lors de la présentation du rôle, des missions et de la raison d’être de cet office. Alors, est-ce que tout va si bien en Allemagne ? Premièrement, il faut comprendre que le mix énergétique n’est pas le même de part et d’autre. L’Allemagne, bien que dépendante en plus grande part de la lignite, de la houille, du gaz et du fioul, devrait justement en diminuer son usage, de même qu’elle s’est engagée à le faire pour le nucléaire. En 2050, 80% de l’énergie devrait devenir “d’origine renouvelable”. Peter Altmaier, ministre fédéral allemand, n’hésite pas à parler de la “plus grande révolution énergétique depuis 150 ans”. Ce n’est pas un épiphénomène, et ici, la France ne peut pas encore dire autant. La transition énergétique a-t-elle déjà commencé en France, sous l’impulsion d’un Jeremy Rifkin ou de communes dynamiques comme Montdidier (6500 habitants) en Picardie ? La part du renouvelable « cache une part importante de la vieille hydroélectricité dans le mix énergétique français », selon Alain Liébard, de l’observatoire des énergies renouvelables. Mais tout laisse espérer un virage à 90 degrés. La France devrait prochainement renforcer les liens avec les instituts de recherche dans le domaine des énergies renouvelables, avec la création d’un réseau de chercheurs franco-allemand, des échanges systématiques des résultats de recherche, et le renforcement du réseau d’entreprises comme c’est déjà le cas avec Areva (parc éoliens offshore) et Alstom (raccord au réseau). C’est cependant bien de l’initiative des citoyens que les français pourraient s’inspirer en contribuant à transformer leurs territoires. De nombreuses coopératives de production ont vu le jour en Allemagne où 80.000 citoyens ont investi dans des productions locales, dans l’installation de panneaux photovoltaïque sur les toits des écoles et des hôpitaux, et où cinq millions de consommateurs savent que leur énergie est d’origine renouvelable grâce à des labels comme TÜV Nord, Grüner Strom ou Ok power.

Comparatif des productions énergétiques France-Allemagne 2012 - © Connaissance des Énergies

Comparatif des productions énergétiques France-Allemagne 2012 – © Connaissance des Énergies


Certaines communes allemandes sont déjà exemplaires. Selon Cort-Brün Voige, de la communauté de communes d’Aller-Leine-Tal, déjà 126% d’électricité renouvelable y est produite, ce qui lui permet d’alimenter les agglomérations voisines avec de l’électricité verte. L’éolien et le Biogaz occupent à eux deux plus de 100% de la production, rendant la ville autonome et exportatrice nette. Selon lui, 3.300€/habitants en moyenne ont été investis dans les énergies vertes, et si c’était le cas pour 60 millions de français…

Nous avons des voisins pour le moins optimistes !

Alain Liebard, directeur du journal Systèmes Solaires, veut tordre le cou aux idées reçues et enrichir le débat national sur la transition énergétique. En étudiant le système allemand, il a mis à jour que l’électricité solaire et éolienne est bien produite au bon moment et au bon endroit, identifiant une augmentation de la production des renouvelables pour répondre à la demande lors des pics de production. Il ne craint pas que les lieux de production industrielle de panneaux de photopiles deviennent exclusivement chinois : leur secteur, en crise, produit « des dépôts de bilan qui peuvent être source d’opportunités pour des industriels français et allemands ». Pourquoi s’en faire… Devons-nous craindre une “bulle” créée par les subventions de l’Etat aux renouvelables, dans le cas où elles ne seraient pas maintenues ?

Alain Liébard

Alain Liébard

“Un développement économique en soubresaut” ne doit pas nous faire oublier que “la bulle de l’informatique, elle aussi, a eu lieu”, mais on doit s’attendre selon lui à des tendances caractérielles d’augmentation du coût de l’énergie et d’investissements à long terme dans le renouvelable, concordant avec les engagements pris par les États. Des solutions techniques émergent de toute parts : de nouveaux modes de mise en réseau des producteurs locaux d’électricité, avec la mise en place de réseaux intelligents, qui pourraient changer la donne. L’amélioration du stockage de l’énergie et des solutions techniques innovantes comme Strom-Boje, une technologie de récupération de l’énergie cinétique contenue dans les écoulements fluviaux, mais sans barrage et sans interférer avec le passage des espèces piscicoles migratrices dans les rivières, déjà utilisée sur l’Aller, fleuve allemand – le dispositif hydrolien produit 100.000 kWh par an. Surfons sur la vague des initiatives allemandes, et lançons la transition ! Demain, des logements à énergie positive, une plus grande efficacité, plus de sobriété et d’usage des renouvelables. En France, des initiatives intéressantes existent aussi : Le scénario negaWatt vient de sortir un site illustré de graphiques dynamiques ; Enercoop, un fournisseur d’électricité verte ; Le REFEDD, les jeunes s’engagent pour la transition énergétique avec une consultation nationale des étudiants, un débat représentatif des jeunes avec les acteurs du forum national de la jeunesse, et la parution d’un livre blanc pour défendre la position des jeunes qui sera présenté en séance plénière du conseil national pour la transition énergétique le 20 juin.


Crédit image À-la-Une : © ADSI Paris Bretagne

 

[NB: Article écrit le 6 avril 2013 à l’occasion de la conférence de presse à l’ambassade d’Allemagne à Paris]

 

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Luis Bicalho
About the author

Luis Bicalho

Intéressé par l'écologie, la démocratisation des sciences et les innovations technologiques et environnementales, j'ai suivi un cursus scientifique avant de m'orienter vers les sciences humaines. Licencié d'Histoire en 2012 à l'Université Paris-Sorbonne IV, je suis aujourd'hui animateur du réseau national du REFEDD, un réseau d'associations étudiantes pour le développement durable.

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