C2.0 Actus

Raison du crime ou crime de raison

Raison du crime ou crime de raison

Raison du crime ou crime de raison 800 600 Sébastien BAGES

Une personne commettant des actes criminels ou des vols dépend fortement des conditions socio-économiques dans lesquelles il vit.


L’alourdissement des peines ne conduit pas nécessairement à moins de criminalité, affirment des chercheurs de l’EPF de Zurich qui ont étudié les origines du crime avec un modèle informatique. Afin de lutter contre la criminalité, il faudrait attirer plus l’attention sur les milieux sociaux et économiques qui encouragent tous les types de criminalité.

Les gens ont volé, trahit les autres et commis des assassinats pendant des siècles. En fait, les humains n’ont pas réussi à éradiquer le crime, bien que – selon la théorie du choix rationnel en économie – ce devrait être en principe possible. Cette théorie affirme que les êtres humains se transforment en criminel si le crime surpasse la peine. Voler ou frauder le fisc, par exemple, porte ses fruits si les perspectives de gains illicites dépassent la punition attendue. Par conséquent, si un État fixe des sanctions suffisamment élevées et veille à ce que les contrevenants soient traduits en justice, il devrait être possible d’éliminer complètement le crime.

Cette théorie est largement simplifiée à l’extrême

Cette théorie est largement simplifiée à l’extrême, a expliqué Dirk Helbing, professeur de sociologie. Les États-Unis, par exemple, ont souvent des peines beaucoup plus sévères que les pays européens. Mais en dépit de la peine de mort dans certains de ses États, le taux d’homicides aux États-Unis est cinq fois plus élevé qu’en Europe de l’Ouest.

En outre, il y a [proportionnellement] dix fois plus de gens qui croupissent dans les prisons américaines que dans de nombreux pays européens. Plus répression peut alors parfois conduire à plus de crime, a signalé Helbing. Depuis que les États-Unis ont déclaré la « guerre contre le terrorisme » dans le monde, le nombre d’attaques terroristes partout sur la planète a augmenté, pas diminué. « L’approche classique, où les criminels ont simplement besoin d’être poursuivis et puni plus sévèrement pour lutter contre la criminalité ne fonctionne souvent pas ». Néanmoins, c’est cette approche qui domine le débat public.

 

Un modèle plus réaliste

Afin de mieux comprendre les origines du crime, Helbing et ses collègues ont mis au point un nouveau modèle basé sur un filtre appelé agent qui prend le réseau d’interactions sociales en compte et est plus réaliste que les modèles précédents. Non seulement il inclut les criminels et les forces de l’ordre – comme de nombreux modèles précédents – mais aussi d’honnêtes citoyens comme troisième groupe. Certains paramètres tels que la proportion des santions et des frais de justice peuvent être personnalisés dans le modèle. En outre, il considère aussi les dépendances spatiales. Les représentants des trois groupes n’interagissent pas entre eux de façon aléatoire, mais seulement s’ils se rencontrent les uns les autres dans l’espace et le temps. En particulier, les agents individuels imitent le comportement des agents provenant d’autres groupes.

En utilisant ce modèle, les scientifiques ont pu démontrer que des peines plus sévères ne conduisent pas nécessairement à moins de criminalité et, dans l’affirmative, pas à une ampleur aussi forte que la punition ne progresse elle-même. Les chercheurs ont également pu simuler comment le crime peut soudainement éclater et se calmer à nouveau.

Comme le cycle du porc, qui est un phénomène décrit en économie ou en écologie (cycles prédateur-proie), la criminalité est également cyclique. C’est ce qui explique les observations faites, par exemple, aux États-Unis : selon le Programme de déclaration sur la criminalité uniforme du FBI, les changements cycliques de la fréquence des infractions pénales peuvent être trouvés dans plusieurs États américains. « Si un État augmente les investissements dans son système punitif jusqu’à ce qu’il ne soit plus rentable, les politiciens vont réduire le budget d’application de la loi », a expliqué Helbing. « En conséquence, il y aura plus de foyer où le crime pourra se développer à nouveau ».


 

La plupart des crimes ont un contexte socio-économique

Mais y aurait-il une autre façon de lutter contre le crime si ce n’est pas par la répression ? L’accent devrait être mis sur le contexte socio-économique, a décrit Helbing.

Comme nous le savons en sociologie [et science du comportement/béhavorisme], de l’environnement joue un rôle essentiel dans le comportement des individus. La majorité des actes criminels ont une origine sociale, a affirmé Helbing. Par exemple, si une personne sent que tous ses amis et ses voisins trichent vis-à-vis de l’État, elle va inévitablement se demander si elle devrait vraiment être la dernière personne honnête à remplir correctement sa déclaration d’impôt.

« Si nous voulons réduire le taux de criminalité, nous devons garder un œil sur les circonstances socio-économiques dans lesquelles les gens évoluent », a dit Helbing. Il ne faut pas confondre cela avec de la justice douce.

Cependant, la réponse de l’État face au crime doit changer : derrière la police et les tribunaux, les institutions économiques et sociales sont toutes aussi pertinentes – et, en fait, tous les individus quand il s’agit de l’intégration des autres. « Améliorer les conditions et l’intégration sociales des personnes peut probablement lutter contre la criminalité beaucoup plus efficacement que de construire de nouvelles prisons ».

Cette recherche qui a été publiée récemment dans la revue PLoS ONE, concorde avec les différentes études constituées partout en Europe lors de la suppression de la peine de mort (Voir les débats historiques français contre la peine capitale).

L’édition C2.0A pense aussi qu’appliquer la raison pour altérer ce processus de décision privative serait une démarche positive dans l’abandon d’une croyance symbolique populaire inhérente à la Loi du Talion.
« Le talion n’est pas comme la phrase du Lévitique qui prescrit la loi d’amour, une prescription morale, c’est une règle de jurisprudence (…) qui proportionne le châtiment à la gravité de la faute ou du crime commis (R. Aron, Lettre ouverte à l’Église de France, 1975, p. 49). » (src).

 
À consulter comme complément :

> SCIENCE ET COMPORTEMENT HUMAIN (B.F.Skinner) <

> MEADOWS SUR LE COMPORTEMENT HUMAIN <

 

Extraits de PhysOrg
Crédit image À-la-Une : © iStockphoto.com

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Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

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