Quand la moitié du monde arrête d’enfanter

Quand la moitié du monde arrête d’enfanter

Quand la moitié du monde arrête d’enfanter 623 352 Sébastien BAGES

À partir d’une certaine période dans ces dernières années, la population a dépassé de peu les sept milliards d’êtres humains – avec la naissance d’un individu toutes les millisecondes.


La croissance démographique est l’une des cinq « méga-tendances » identifiées par les Nations Unies ayant pour objectif d’analyser les changements qui sévissent au sein de la race humaine. Les autres – au cas où vous poseriez la question – sont le taux d’urbanisation, le changement climatique, la migration et l’insécurité des ressources.

Mais au cours de ces dernières années, une nouvelle tendance est venue s’intercaler : plus de la moitié de la population mondiale vit dans des pays où les couples en âge de procréer ont moins de deux enfants en moyenne. Pour être plus clair, cela signifie que deux personnes donnent seulement une naissance… soit un taux inférieur à la valeur de renouvellement.

Si l’on met en avant les pays et régions du monde les plus développés – l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie, l’Asie de l’Est – les gens n’ont pas assez d’enfants pour conserver une stabilité de leur population. Mise à part cette baisse régulière de la croissance, il est notable aussi de dire que les populations de ces pays sont plus âgées. Qu’est-ce que cela signifie ?

Par exemple, Singapour est – à l’heure actuelle – l’un des endroits les plus denses de la planète, avec une population de plus de 5 millions de personnes entassées dans seulement 710 km². Ils sont connus comme étant un pays avec un taux de fécondité faible, dont l’indice de reproduction est inférieur à 1.
Donc en supposant un taux d’immigration faible, la population de Singapour pourrait diminuer dramatiquement de l’ordre de 90% en seulement trois générations, qui se composerait essentiellement de personnes âgées.

Ce déclin rapide de la fécondité mondiale mettrait en lumière que notre population totale pourrait bientôt atteindre son pic (si cela n’est déjà pas actuellement le cas). Les scientifiques pensent maintenant que la population mondiale pourrait culminer d’ici aux 20 prochaines années, puis chuter très rapidement. Les pays considérés aujourd’hui comme les plus prospères du monde ont de très grandes difficultés économiques au vu de leurs populations vieillissantes – sans avoir assez de jeunes pour les remplacer (ou s’occuper d’eux).
Une baisse de la population mondiale pourrait aussi souligner une concurrence moindre concernant les ressources essentielles, donc nous pourrions nous attendre à une baisse moyenne de pauvreté ou de la famine.

La moyenne ne veut toutefois pas dire que c’est ce qui se passe précisément sur le terrain.


La démographie la plus forte se situe dans les pays les moins développés. On pourrait en conclure que le monde sera bientôt ethniquement moins Européen et plus fortement Asiatique du Sud et Africain. Alors que les pays les plus développés voient régulièrement leur population décroître, ces pays sont dangereusement surpeuplés, conduisant à l’augmentation de l’instabilité politique, à la propagation de maladies et à des catastrophes économiques. Ces conditions, en mettant à part le drainage des ressources nationales, sont parfaites pour produire des creusets d’extrémismes – les « données démographiques sur le terrorisme » faisaient état ​​que la combinaison de la pauvreté et de l’ennuie amenaient plus facilement les jeunes hommes vers des activités volatiles.
Les 10 pays ayant les taux de fécondité les plus élevés incluent le Sud-Soudan, la République du Congo, l’Ouganda et l’Afghanistan.

Un accroissement de la population dans les pays pauvres suggère également une augmentation de l’immigration (légale ou non) vers des pays plus développés… qui peut avoir à compter sur les immigrants afin de conserver leur propre population vieillissante et non prise en charge à flot.

Cependant, nous avons déjà vu comment l’afflux de nouveaux visages a conduit à des politiques xénophobes contre les immigrés en provenance de pays aux prises avec l’identité nationale.

L’hymne national Australien se réfère, par exemple, à la « belle Australie », et les politiques du gouvernement actuel sur l’immigration semblent déterminées à garder la peau de leur concitoyen la plus claire possible. Fait intéressant, l’Australie est un pays notoirement bâti par des immigrants, avec plus de 27% de sa population née à l’étranger. Au fur et à mesure de son évolution, la croissance de la population a commencé à tomber et le pays est devenu de plus en plus tributaire de l’immigration pour combler le vaste intérieur poussiéreux, et alimenter la puissance de son industrie. Et pourtant, il n’est pas rare d’entendre des points de vue xénophobes choquants à la télévision nationale, et de voir des autocollants affichant : « F**k off, we’re full » (allez vous faire foutre, nous sommes complets) sur les voitures stationnées à l’épicerie du coin.

Concrètement, ça veut dire quoi pour le futur ? Eh bien, de nombreux pays ne disposent pas de l’infrastructure nécessaire pour soutenir un grand afflux d’immigrants, tout du moins pas assez pour compenser le déclin dans la population… En d’autres termes, peu importe le nombre de migrants, les populations des pays les plus développés du monde vont inexorablement diminuer. Et plus les pays en développement obtiendront un accès libre à la contraception, plus l’autonomisation des femmes (qui est un facteur essentiel dans le contrôle du taux de natalité) deviendra répandue, plus la population va également commencer à diminuer.

Nous nous dirigeons donc vers une consommation moindre des ressources naturelles, occasionnant alors des modifications massives et profondes dans les infrastructures économiques. Peu importe comment vous regardez et évaluez ces faits, ce changement fondateur de la fécondité mondiale annonce d’énormes modifications sociétales que nous sommes actuellement absolument pas préparés à gérer.

 

Aller plus loin :

* Étude de sociologie, université Duke, Is Low Fertility a Twenty-First-Century Demographic Crisis? : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2849155/
* Études et conclusions de l’université Yale, Low Fertility Rates – Just a Phase? : http://yaleglobal.yale.edu/content/low-fertility-rates-just-phase
* Chiffres et statistiques INED (à noter le 2,48 enfants par femme pour le monde) : http://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/pays_du_monde/
* Statistiques début 2014 pour la France, La France sous le seuil des 2 enfants par femme : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/14/la-france-est-passee-sous-le-seuil-de-deux-enfants-par-femme_4347588_3224.html


 
Crédits images À-la-Une : © looseends/Flickr (modifiée par C2.0A)
Citations de Matador Network, par Claire Litton-Cohn

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Un commentaire

Laisser une réponse

un × 5 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.