Nos cerveaux créent leur propre version de la réalité afin de nous aider à donner du sens aux choses. Mais ce moyen inclut que nous vivions en-dehors du temps.
Cela semble évident que nous existons dans le présent. Le passé n’est plus, et le futur n’est pas encore arrivé, alors où pourrions-nous être ? Nous ne devrions cependant pas être aussi sûrs de nous. Vous pensez vivre dans le moment présent, dans l’instant ? Vous pourriez actuellement expérimenter une autre échelle temporelle.
Les informations provenant de nos différents capteurs nous arrivent à des vitesses différentes, mais nous apparaissent être unifiées pour concevoir un moment unique. Les signaux nerveux ont besoin de temps pour être transmis et traités par le cerveau. Et il y a des évènements – tels que des lumières clignotantes, ou quelqu’un qui claque des doigts – qui prennent moins de temps à être produits que ce dont notre cerveau aurait besoin pour les traiter. Au moment où nous prenons connaissance du flash ou du claquement de doigt, c’est déjà de l’histoire ancienne.
Notre expérience du monde ressemble à une émission de télévision avec un décalage de temps ; la perception de la conscience n’est pas « en live ». Cela n’est pas trop inquiétant, mais de la même manière que le décalage TV permet la censure de dernière minute, notre cerveau, plutôt que de nous montrer ce qu’il s’est passé il y a un instant, construit parfois un présent qui n’a jamais existé.
Des évidences peuvent être découvertes dans l’illusion appelée ‘flash-lag’. Dans une des versions d’illusion, créée par Eiji Watanabe de l’Institut National de Biologie Élementaire à Okazaki, au Japon, présente un cube en mouvement parfois accompagné par un jumeau. Lorsque le second apparaît, c’est quand l’autre est à son niveau, mais il semble à la traîne. Un deuxième exemple utilise une animation d’engrenages exposant comment un piston clignotant semble désynchronisé par rapport à un autre qui va de bas en haut et de haut en bas.
L’illusion a été pensée pour pousser notre cerveau à extrapoler dans l’avenir : il peut anticiper avec précision la position du cube en mouvement car il suit une trajectoire prévisible, mais il est tenu en échec quand il essaie d’évaluer où le cube clignotant se trouvera dû au temps qu’il faut pour traiter un stimulus, le poussant ainsi à prédire où l’objet sera.
Aussi parfait que parait être cette explication, elle ne peut pas être entièrement juste. En effet, récemment, David Eagleman, du Collège Baylor de Medecine à Houston au Texas, et Terrence Sejnowski, de l’Institut Salk de La Jolla en Californie, ont découvert que notre cerveau recherchait plutôt dans le passé. Il attend de voir ce qui se passe juste après le flash avant de déterminer la position du cube : changer la trajectoire de l’objet en mouvement après le clignotement peut influencer l’endroit où il est perçu.
Si le cerveau devait prédire la trajectoire d’une flèche en rotation, les gens verraient le retard, même si la flèche s’arrêtait au moment précis où elle serait orientée vers la cible. Mais dans ce cas, le décalage ne serait pas produit. Qui plus est, si la flèche commence stationnaire et se déplace dans l’une ou l’autre direction immédiatement après que le flash, le mouvement est perçu avant le flash. Comment le cerveau peut-il prédire la direction du mouvement, s’il ne démarre pas en même tant que le flash ?
L’explication est que plutôt d’extrapoler du futur, notre cerveau interpole des évènements provenant du passé, assemblant une histoire qui s’est produite rétrospectivement (Science, vol 287, p 2036). La perception de ce qu’il ce passe au moment du flash est déterminée par le déroulement des évènements après-coup. Cela semble paradoxal, mais d’autres tests ont confirmé que ce qui est perçu comme s’être produit pendant un certain temps est en fait influencé par ce qui déroule plus tard.
Tout cela est un peu inquiétant si nous nous accrochons à la vision commune qui place notre conscience toujours dans le présent. Si le moment présent que l’on suppose peupler se révèle être une simple construction, la même chose risque d’être probablement vraie du soi existant dans ce présent.
L’effet est intéressant car il donne un aperçu de notre notion du ‘nous-même’ et si nous existons dans l’ici et maintenant.
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Citations de New Scientist
Crédit image À-la-Une : © Eric Flogny / Picturetank
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