C2.0 Actus

La science rend l’humain altruiste

La science rend l’humain altruiste

La science rend l’humain altruiste 640 360 Sébastien BAGES

L’opinion publique a été assez dure envers la science au cours de ce dernier demi-siècle pour une variété de raisons – essentiellement négatives. Nous avons tous connu bien des cas très médiatisés sur des questions de malhonnêtetés intellectuelles, de litiges financiers ou encore des conflits d’intérêts, comme l’affaire du sang contaminé, qui ont laissé des cicatrices pérennes sur l’intégrité et la valeur sociétale de la recherche fondamentale, en même temps que des accusations politiquement motivées fusent de gauche comme de droite. Il y a pas mal de doute sur la réelle valeur ajoutée de la science.


L’allégeance aux théories et aux idéologies peut fausser la réplication des hypothèses testées et les méthodes utilisées pour les vérifier. Ces dernières, toutefois, sont des erreurs dans l’application de la méthode, et non pas de la méthode elle-même.
En d’autres termes, il est possible que l’opinion publique envers la science puisse toucher des méfaits et préjugés de chercheurs individuellement au lieu de l’ensemble des domaines et applications. En fait, compte tenu des avantages indéniables vers lesquels les progrès scientifiques ont fait aboutir les civilisations, l’association des données avec le processus de la recherche scientifique peut être tout à fait être positive.

Des chercheurs de l’Université de Californie à Santa Barbara ont cherché à vérifier cette possibilité. Ils ont émis l’hypothèse qu’il existe une perception profonde de la science en tant que quête morale – mettant l’accent sur ​​la recherche de la vérité, de l’impartialité et de la rationalité, privilégiant le bien-être collectif par-dessus tout. Cette nouvelle étude de l’équipe, publiée dans la revue PlosOne, soutient que l’association entre science et morale est tellement enracinée que le simple fait d’y penser permet de déclencher un comportement plus moral.

Les chercheurs ont mené quatre études distinctes pour tester cela. La première visait à établir une corrélation simple entre le degré auquel les individus affectionnent la science et la probabilité de faire respecter les normes morales lorsqu’elles sont présentées avec une violation hypothétique. Les participants ont lu un billet à propos d’un viol et ont été invités à évaluer la “négativité” de l’infraction avant de répondre à un questionnaire mesurant leur « croyance » en la science. En effet, ceux qui ont affirmé un plus grand soutien en la science ont condamné cet acte plus durement.


Bien sûr, une simple corrélation comme exécutée dans l’étude peut être sensible à de multiples autres explications. Pour écarter ces possibilités, les études deux à quatre ont utilisé des manipulations expérimentales afin de vérifier si les pensées induites au sujet de la science pouvaient influencer à la fois le comportement réel, ainsi que le comportement moral.
Ces manipulations ont consisté en l’usage d’une technique appelée « amorçage » (priming) dans laquelle les participants sont exposés à des mots pertinents d’une catégorie particulière afin d’accroître l’accessibilité à leurs fonctions cognitives. En d’autres termes, il suffirait de vous montrer des mots comme « logique », « hypothèse », « laboratoire » et « théorie » pour que vos pensées s’orientent sur la science et avec pour effet que de ceux-ci aient un impact ultérieur sur votre comportement – étant ainsi attribué aux associations que vous avez construites avec cette catégorie.

Les participants ont d’abord effectué une tâche brouillonne de mots au cours de laquelle ils devaient soit déchiffrer certains mots d’ordre scientifique, soit d’autres qui n’avaient rien à voir avec la science. Ils ont ensuite lu l’article sur le viol et ont tous répondu aux mêmes questions, au sujet de la gravité de cette transgression (étude deux). Puis, ils ont annoncé le niveau d’intention d’effectuer une série d’actions altruistes au cours du prochain mois (étude trois), ou bien se sont engagés dans une tâche inhérente à l’économie comportementale connue comme le jeu du dictateur (étude quatre). Dans le jeu du dictateur, le participant reçoit une somme d’argent (dans ce cas 5$) et il leur est demandé de diviser cette somme à leur guise entre eux et un autre participant anonyme. Le montant que les participants donnent à l’autre est considéré comme un indice de motivation altruiste.

À travers toutes ces différentes mesures, les chercheurs ont découvert des résultats cohérents. En pensant seulement à des sujets liés et/ou aux sciences, ces valeurs ont augmenté :
a) Respect des normes morales,
b) Futures intentions altruistes réelles,
c) Comportement altruiste envers une autre personne anonyme.

L’association conceptuelle entre science et morale apparaît comme solide.

Un bémol cependant. Il semble en effet que lorsque la politique ou la croyance s’invite aux sciences les résultats se disloquent et ne sont plus aussi précis. Cela pourrait mettre en cause que ces deux domaines suivent une idéologie qui ne laisse que peu de place à la Raison et à la réflexion.


Pour connaître les détails de la recherche, merci de vous reporter à l’étude complète publiée sur PlosOne, ou à la transcription publique sur la revue Scientific American

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Laisser une réponse

quatre + treize =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.