La relation entre jeu d’enfant et exploration scientifique – MIT

La relation entre jeu d’enfant et exploration scientifique – MIT

La relation entre jeu d’enfant et exploration scientifique – MIT 999 825 Sébastien BAGES

Laura Schulz a découvert que les bébés en apprentissage sur le monde ont beaucoup en commun avec les scientifiques, complétant et validant les recherches d’Alison Gopnik sur la pensée scientifique des plus jeunes.


Laura Schulz, professeure agrégée du cerveau et des sciences cognitives au MIT, a toujours été intéressée par l’apprentissage et l’éducation. À l’âge de 6 ans, elle a essayé d’apprendre à sa sœur de trois ans à lire, un effort qui a rencontré un succès limité.

« Elle a finalement appris à lire, a écrit un livre, et est maintenant critique littéraire, mais je pense n’avoir que très peu à voir avec ça ». Schulz s’est souvenue qu’elle « était allée rapidement à la lettre A, et au moment où nous sommes arrivés à la lettre B, elle avait voulu aller jouer dans le bac à sable, de sorte que ce fut vite terminé ».

Schulz a consacré sa carrière universitaire à enquêter sur la façon dont l’apprentissage se met en place pendant la petite enfance. À partir de cette étape, les enfants sont capables d’apprendre rapidement beaucoup de choses sur la façon dont le monde fonctionne, le tout basé sur un nombre très limité de preuves.

Les recherches de Schulz, qui se sont déroulées en grande partie dans un ‘laboratoire de jeux’ au Musée pour enfants de Boston, révèlent que les enfants et même les bébés, utilisent naturellement un grand nombre de stratégies similaires employées dans la méthode scientifique – un processus systématique de formulation et de test des hypothèses en fonction de l’observation des preuves (voir notre dossier sur la méthode scientifique).

« Toutes ces capacités que nous considérons comme des capacités scientifiques ont émergé en raison des problèmes les plus complexes d’apprentissage de la petite enfance, qui sont de savoir comment extraire précisément des représentations abstraites d’informations disparates, de données tronquées », a-t-elle dit.

 

Comment se passe l’apprentissage ?

Ayant grandi à Shaker Heights, dans l’Ohio, Schulz se considérait surtout comme une ‘enfant de l’humanité’, même si, en tant que collégienne, elle a dû participer au programme ‘futurs scientifiques’ du Cleveland Museum of Natural History (Musée d’Histoire Naturelle de Cleveland). Elle a également passé beaucoup de temps au tutorat des élèves plus jeunes. « Ma mère était enseignante et mon père était à la commission scolaire [parent d’élève], donc l’éducation a toujours été quelque chose qui m’a intéressée », a-t-elle dit.

Pendant ses études de philosophie à l’Université du Michigan, Schulz a fait du bénévolat dans un programme d’alphabétisation des adultes, où elle a lutté pour aider une jeune femme intelligente dyslexique. « J’ai demandé ce qu’il fallait faire et on m’a répondu d’être patiente et compréhensive, et j’ai rétorqué : ‘Eh bien, je vais être patiente et compréhensive, mais que faites-vous réellement pour aider ici ?’ Je me souviens avoir pensé qu’il y avait surement de meilleures réponses que ce que l’on m’a donné ».

Après le lycée, Schulz a cumulé durant plusieurs années des emplois saisonniers : elle a enseigné les sciences à l’école de plein air de Californie et d’Oregon, a travaillé à un programme d’été pour les enfants des quartiers défavorisés de Washington (ville), et a commencé un programme péri-scolaire pour les collégiennes.


« Ce fut tous d’excellents emplois, mais ils étaient largement sous-payés et n’avaient aucun bienfait sur la santé. Par la suite, les gens, en particulier mon père, ont commencé à se demander pourquoi je ne me dirigeai pas vers des études supérieures. Il devint de plus en plus difficile de répondre à cette question », se souvient-elle.

Elle a pensé étudier l’éducation et obtenir une certification pour devenir professeure, mais se trouva plus attirée par étudier comment l’apprentissage, en lui-même, se met en place. Il n’y avait pas de tels programmes d’études supérieures à Portland, dans l’Oregon, où elle vivait à l’époque avec son partenaire et ses enfants, alors elle a fini par se rendre à Bay Area en avion, passant trois jours par semaine là-bas, sur les deux premières années de son programme d’études supérieures à l’Université de Californie à Berkeley.

Sa thèse de doctorat, réalisée avec la psychologue Alison Gopnik, également de Berkeley, s’est axée sur l’apprentissage de cause à effet dans la petite enfance. Le laboratoire étudiait déjà la théorie selon laquelle les représentations du monde par les enfants ressemblent à des théories scientifiques qui leur permettent de former des catégories et d’identifier les relations entre des choses différentes. Plus précisément, Schulz a étudié des inférences – mode de raisonnement consistant à aller d’une idée à une autre qui lui est liée – causales ou le processus d’élaboration des conclusions fondées sur les causes et les effets observés.

Alors que Schulz avait terminé son doctorat, son fiancé a vendu son entreprise et ils ont décidé de réfléchir pour partir de Portland. Boston était l’une des rares villes qui semblait attrayante, donc c’est là qu’ils ont migré à cet endroit, et où Schulz s’est vue offrir un poste au MIT.

 

Explorer le monde

Après son arrivée au MIT, Schulz s’est intéressée non seulement à la façon dont les enfants apprennent des preuves observées, mais aussi comment ils les génèrent à travers l’exploration. Elle a constaté que la plupart des composantes de la méthode scientifique – isoler les variables, tout en reconnaissant le moment où les preuves sont confondues, poser des variables non observées pour expliquer les évènements nouveaux – sont en fait une panoplie cognitive de base chez les jeunes enfants.

Dans une étude récente, elle a cherché les capacités des nourrissons à déterminer, à partir de preuves très clairsemées, les propriétés des ensembles d’objets. Dans un des exercices, les bébés observaient les actions d’un expérimentateur qui tirait une série de trois balles, toutes bleues, provenant d’une boîte de balles. Chaque balle couinait lorsque l’expérimentateur la pressait. Les bébés se voyaient remettre une boule jaune provenant de la boîte.

Lorsque la plupart des balles dans la boîte étaient bleues, les bébés pressaient la balle jaune, ce qui suggère qu’ils ont généralisé sur le contenu entier de la boîte, avec uniquement des balles couinantes. Toutefois, si les balles dans la boîte étaient pour la plupart jaunes, les bébés étaient beaucoup moins susceptibles d’essayer de les presser, montrant qu’ils croyaient que les boules bleues qui couinent sont une rare exception.

Une autre expérience récente a exploré les différences entre ‘donner des cours’ par rapport à permettre aux enfants de découvrir par eux-mêmes. Dans cette étude, Schulz a constaté que les enfants qui ont montré comment faire en sorte qu’un jouet couine étaient moins susceptibles de découvrir d’autres caractéristiques du jouet que les enfants à qui il a simplement été donné le jouet sans aucune instruction.

« Il y a un compromis d’enseignement par rapport à l’exploration », a-t-elle souligné. « Si je vous instruis plus, vous explorerez moins, parce que vous supposez que si d’autres choses étaient vraies, je leur aurais démontré ».

Bien que Schulz espère qu’un jour son travail mènera à l’élaboration de nouvelles stratégies éducatives, il s’agit là d’un objectif à long terme.

« Nous essayons simplement de comprendre quels sont les principes fondamentaux qui régissent l’apprentissage et la façon dont les enfants se représentent l’information et en font des inférences. Je ne pense pas que nous puissions encore exprimer ce genre de choses : ‘À cause de ceci, vous, l’enseignant, devrait faire cela’ », a-t-elle souligné. « C’est vraiment la science fondamentale ».


Citations du Massachussets Institute of Technology
Crédit image : © SCOTT BRAUER – Laura Schulz, chercheure principale au laboratoire de cognition de la petite enfance du département des sciences cognitives et du cerveau, travaille avec Madeline Wilson, qui porte un sac à dos équipé d’un microphone qui enregistre son discours.

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Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

2 commentaires
  • Tous les enfants naissent artistes (ils dansent, ils chantent,ils dessinent….) et chercheurs scientifiques (ils posent et se posent moult questions en permanence et cherchent des réponses). Ensuite, l’institution, afin de nous canaliser par rapport aux besoins de la société “hypertrophie” ces données premières. Plus tard, des scientifiques étudient les enfants pour redécouvrir ce que nous savions déjà (puisque le chercheur est né enfant :)). En prenant un peu de recul on peut trouver étrange qu’une personne soit payée par la société pour redécouvrir ce que nous savions avant que cette même société paye pour qu’on nous le retire !!!!!
    Si j’étais extraterrestre, je ne m’attarderai pas sur cette planète. en tout cas pas pour le moment.

    • Très jolie réflexion sur le taylorisme mental des éléments d’une société moderne.
      Cette structuration des esprits (bien aidée par les religions) permet de mettre chacun de nous dans un tiroir qu’on ouvre -métro, boulot, dodo- et ferme -sans emploi, retraite- à loisir selon les besoins.
      Le modèle Leonard de Vinci est bien loin. Ne pas penser.
      J’ai bien peur que la planète soit gouvernée par des extraterrestres. Mais pourquoi faire ?

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