Jeunes / CNRS : L’Homme augmenté – demain les Post-humains ?

Jeunes / CNRS : L’Homme augmenté – demain les Post-humains ?

Jeunes / CNRS : L’Homme augmenté – demain les Post-humains ? 652 489 Luis Bicalho

Ceci est la partie deux de notre dossier Jeunes / CNRS 2012. Pour retourner à la partie une, cliquez ici


Les 22ème rencontres CNRS Jeunes “Sciences et citoyens” se déroulaient du 26 au 28 octobre au Palais des Congrès à Poitiers. Un grand moment! Plus d’une centaine de jeunes étaient présents pour un atelier d’échanges et de vulgarisation de 3 heures pour ce premier atelier de la journée.

Homme Bionique, Réparation et Augmentation de l’Homme par la technologie, Interface Homme / Machine : Les participants étaient invités à lister des questions spécifiques, des considérations éthiques ou des problèmes techniques sur le sujet de l’homme augmenté.

Jeunes / CNRS : L'Homme augmenté - demain les Post-humains ?

Le premier rôle de nos scientifiques et philosophes, si la distinction a bien un sens dans une problématique aussi large où les problèmes scientifiques et éthiques s’entre-coupent, fut d’établir un ordre dans toutes ces questions. Plusieurs catégories se dessinèrent :

  • Caractéristiques de l’homme, Homme naturel-Homme technique, Philosophie
  • Éthique
  • Economie, Compétitif,Recherche et Performance
  • NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives)

Toutes les questions étaient souvent traversées d’inquiétudes… Alors, l’homme augmenté, est-ce un plus ?

Jeunes / CNRS : L'Homme augmenté - demain les Post-humains ?

 

Juste pour vérifier… êtes vous-humains ?

Au milieu des considérations éthiques, les intervenants ont profité de ce moment d’échange pour discuter de l’avènement de technologies réelles, qui auront un impact grandissant sur nos vies. Beaucoup de questions étaient liées à l’avenir des sciences et des techniques, et nous ne faisons pas toujours la différence entre ce qui existe déjà, ce qui est de l’ordre d’un futur certain, qui fait l’objet de recherches actuelles, et d’applications à venir sur le marché, et ce qui tient à l’incertain et l’imaginaire.

« Nous entrons dans un monde de l’impensé, car les progrès de la technologie vont plus vite que ceux de la pensée », a judicieusement dit Bernard Claverie, directeur de l’École Nationale Supérieure de Cognitique (ENSC), à Bordeaux.

On peut supposer que les post-humains auront transcendé la séparation entre organique et cybernétique. Selon Rémi Sussan, journaliste spécialisé dans les retombées sociales des nouvelles technologies à Internet Actu, certains courants féministes verraient dans le transhumanisme et l’avènement du cyborg le moyen de faire tomber les différenciations de genre. Ainsi, l’hectogenèse permet déjà de fabriquer l’humain hors de la matrice maternelle. Impossible de ne pas éprouver un certain malaise en abordant ce genre de questions. Pourtant, les neuroscientifiques voient parfois la nature comme quelque chose de terrible ! Non, l’homme n’est pas une création parfaite de Dieu, devant l’existence de maladies rares, maladies mentales liées au stress, maladies neurologiques qui touchent aussi bien les jeunes, comme la sclérose en plaques. Les chercheurs veulent comprendre et trouver des solutions les moins intrusives possibles aux maladies comme Alzheimer, Parkinson, etc. Et nous serions en passe de les éradiquer!

Mais la question fondamentale selon Hervé Chneiweiss, du Centre de Psychiatrie et de Neurosciences de l’INSERM, à l’Université Paris Descartes, est celle de l’autonomie : à savoir si les technologies nous rendent plus libres et autonomes, ou à l’inverse plus dépendants. Les pacemakers ont permis d’augmenter la vie de milliers d’être humains, et l’utilisation d’implants cochléaires ont permis de faire voir des aveugles, et de permettre à des tétraplégiques de communiquer grâce aux ordinateurs. Mais si le pacemaker peut être contrôlé depuis un centre médical, par exemple, cela pose un problème d’autonomie.

Si les technologies sont utilisées à des fins de rendre valide les invalides et de lutter contre des différences discriminantes, comment ne pas se mettre de leur côté ? », a exprimé Chneiweiss. « Le mouvement des transhumanistes cherche à pousser la fuite en avant de la fusion entre l’homme et la machine. Mais l’excellent documentaire d’Arte (Un monde sans humains ?) a montré que derrière le transhumanisme, il y a un projet financé par des milliardaires, un projet d’une élite pour une élite, et aucune considération pour l’égalité de l’accès à la technologie, et de la fracture qui se créerait au sein de l’humanité. L’université de la Singularité, financée par Google et la NASA, sélectionne chaque année quelques étudiants chargés de trouver des solutions aux problèmes majeurs de l’humanité, et d’apprendre à implémenter des solutions qui auraient un impact sur un milliard de personnes. Il n’est pas précisé s’il s’agit de régler les maladies liées à la pauvreté qui tuent cinq millions de personnes par an, à l’heure où peu de recherches sont faites sur ces maladies dévastatrices, parce que les marchés sont dits ‘non solvables’.

Bernard Claverie a envisagé trois limites possibles à cette ‘fuite en avant’ :

  • Le problème de l’interface : On peut faire un Iphone microscopique, mais l’interface elle, ne pourrait pas l’être car alors comment communiquer avec la machine ?
  • Le problème de l’énergie : Il implique une écologie de l’énergie car un superordinateur va consommer énormément d’énergie, cela implique donc de nouveaux régimes énergétiques
  • Le problème de l’obsolescence des matériels et des techniques : Il faudrait remplacer des implants obsolètes dans le corps régulièrement

 

Chers Intervenants, le futur, vous le voyez comment ?

Merci à… 

*Sébastien Buthion, Animateur

*Madame Béatrice Korc, Directrice du service Science et Société, Université de Lyon

*Monsieur Jean-Michel Besnier
Professeur de philosophie, Université Paris-Sorbonne : Demain les post-humains, Hachette-littérature 2011

« On peut éviter d’écarter la vulnérabilité. Si nous faisons société, c’est parce que nous avons besoin les uns des autres. Supprimer la fragilité, c’est créer un monde dont le bonheur est insoutenable. Il nous faudra peut-être élargir notre empathie aux robots humanoïdes et aux cyborgs ».


*Monsieur Hervé Chneiweiss
Directeur du laboratoire Plasticité gliale et tumeurs cérébrales, Centre de Psychiatrie et Neurosciences, Inserm, Université Paris Descartes : L’homme réparé. Espoirs, limites et enjeux de la médecine régénératrice, Plon, 2010

« L’essentiel de ce qui fait l’humain, c’est le regard de l’autre. Voulons-nous la compétition, ou la collaboration ? Dans les sciences cognitives, ce sont toujours les stratégies de collaboration qui gagnent. Le risque des Post-humains, c’est qu’ils perdent notre capacité à coopérer et construire ensemble notre futur ».

*Monsieur Bernard Claverie
Professeur, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure de Cognitique : L’homme augmenté, Néotechnologies pour un dépassement du corps et de la pensée, L’harmattan, 2010

« Un des moteurs de la Biologie c’est l’appétence cognitive, l’envie irraisonnée de toujours vouloir savoir. Être mieux, et savoir comment être mieux. La révolution numérique rencontre ce mouvement de modification de l’humain. On entre dans un monde de l’impensé, car les progrès de la technologie vont plus vite que ceux de la pensée ».

* Monsieur Rémi Sussan
Journaliste, Internetactu.net, auteur de : Les utopies posthumaines: contre-culture, cyberculture, culture du chaos, Omniscience, 2005

 
« Ce qui est important, c’est de savoir qui a le pouvoir et comment le prendre. Prenez le pouvoir! Allez voir les mouvement libristes, les mouvement hackers et biohackers, et de programmeurs ».

 

Pour aller plus loin :

– Un monde sans humain ? Documentaire d’Arte : http://www.youtube.com/watch?v=L8xP6OJVRvY

– Un projet artistique et informatif par le réalisateur du documentaire, avec de nombreux extraits et bonus : http://resistance-2031.arte.tv/

– Biohacking en France : La Paillasse http://www.lapaillasse.org/


Crédits photos : @charliebuz

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Luis Bicalho
About the author

Luis Bicalho

Intéressé par l'écologie, la démocratisation des sciences et les innovations technologiques et environnementales, j'ai suivi un cursus scientifique avant de m'orienter vers les sciences humaines. Licencié d'Histoire en 2012 à l'Université Paris-Sorbonne IV, je suis aujourd'hui animateur du réseau national du REFEDD, un réseau d'associations étudiantes pour le développement durable.

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