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[Interview] Un robot qui joue l’interface plante & humain

[Interview] Un robot qui joue l’interface plante & humain

[Interview] Un robot qui joue l’interface plante & humain 500 333 Sébastien BAGES

Alors que la France est aujourd’hui tournée vers les présidentielles, il se pourrait que nous demandions un jour aux plantes ce qu’elles en pensent.


Ivan Henriques, diplômé d’une maîtrise de la ArtScience Interfaculty à l’Académie Royale des arts, a travaillé avec le Professeur Bert Van Dujin, post-doctorant en biophysique de l’Institut des Sciences Moléculaires des Plantes, pour décrypter les actions potentielles pouvant être déclenchées par la Mimosa Pudica, une plante très sensible à son environnement. Cette collaboration a permis la création de la Jurema Action Plant, une machine qui explore une nouvelle voie de communication et de co-relation entre la plante sensitive (Mimosa Pudica), les machines, les humains et les autres organismes vivants.

 
[Interview] Un robot qui joue l'interface plante & humain© Katherine Cuningham, Galerie Hoop à Den Haag, Mai 2011

 
Les plantes n’ont pas de nerfs, de fils, de câbles, mais un peu comme les humains, les animaux et les machines, elles ont un signal électrique qui voyage à l’intérieur et entre leurs cellules.

Pour l’expérience, la plante a été munie d’électrodes et placée sur une structure robotique. Un amplificateur de signal constate les “différences” dans le champ électromagnétique autour de la plante pour déterminer quand elle est touchée. Toute variation déclenche le mouvement de la structure robotique au moyen d’un circuit électrique. La moindre personne frôlant la plante suffit à la faire s’éloigner. Un des noms les plus fréquemment évoqué pour ce système est simplement : “touche-moi pas”.

 
[Interview] Un robot qui joue l'interface plante & humain

 
« Si les plantes peuvent ressentir le contact et que ce signal se déplace à l’intérieur de la plante et peut être mesuré dans n’importe quelle partie, cela signifie-t-il que les plantes ont de la mémoire ou encore, qu’elles sont conscientes ? Imaginez si nous pouvions communiquer avec les plantes et travailler ensemble. Est-il possible de remodeler et de redéfinir nos outils pour être en cohérence avec l’environnement ? Continuerions-nous à détruire les plantes rares ou les animaux et les forêts ?» se demande Régine Debatty, auteure de l’interview qui suit, écrivain, conférencière et blogueuse dans le domaine des échanges entre les sciences et l’art.

 

Interview (par Régine Debatty)

 
Bonjour Ivan, comment avez-vous eu l’idée et pourquoi voulez-vous construire cette plante-machine et donner un certain pouvoir aux plantes?

L’idée principale de l’autonomisation de la plante provient d’une série de travaux que je suis en train de développer, appelée Oritur. Oritur est aussi le titre du livre qui est une compilation de textes que j’ai conçue avec l’aide d’artistes et de chercheurs de différents pays – il sera publié prochainement par la Verbeke Foundation.

Le Jurema Action Plant (JAP) est un détournement de siège roulant lié avec un circuit électronique de communication avec le Mimosa. Cette carte agit comme une interface de communication entre la bio-machine et nous. Pour réaliser ce travail, j’ai pensé à trois aspects: la biodiversité, l’intelligence des plantes et l’intelligence artificielle. En développant ceci, j’ai pensé à trois aspects :

  • La création d’un nouveau type de spécimen, qui serait un assemblage d’une plante et d’une machine – une sorte d’hybride ;
  • Un simple mouvement du doigt vers la plante fait qu’elle s’éloigne ;
  • La plante déclenche la machine via une carte électronique de communication qui détecte les mouvements.

Pendant la phase de développement à la résidence d’été de la V2_ Institute for the Unstable Media à Rotterdam, plusieurs questions ont été soulevées :
Est-ce que les découvertes d’une réponse mécanique de quelques espèces de plantes signifient une forme d’intelligence ? Est-ce que les plantes ressentent ? Comment réagissent-elles à l’environnement ? Les plantes sont-elles considérées à un niveau inférieur que nous parce qu’elles ne savent pas se déplacer et communiquer dans les mêmes délais que nous ?
Ma position dans le projet Jurema Action Plant est d’explorer le comportement des plantes, rechercher cette intelligence pour trouver des possibilités d’interaction directe et de créer une œuvre qui ferait penser à notre avenir.

 
[Interview] Un robot qui joue l'interface plante & humain


 
Vous allez passer plusieurs mois à la Fondation Verbeke pour y résider. Sur quoi allez-vous travailler là-bas ?

En ce moment je me focalise sur la reconstruction d’une pièce intitulée Trois Secondes qui fera partie de la collection Verbeke. Elle est composée d’un circuit fermé où l’image d’une caméra vidéo, qui fait face et capte des images d’un aquarium rectangulaire contenant un poisson rouge vivant, est transmise à un moniteur, qui a les mêmes proportions de l’aquarium et est positionné de lui. Entre la caméra et le moniteur, il y a un appareil qui produit une latence de trois secondes sur l’image. De cette façon, le poisson, qui aurait une mémoire de trois secondes, peut voir son passé récent, qui ne serait pas normalement en mesure d’atteindre [NDLR: Notre article sur les idées reçues du poisson et sa mémoire].

Je suis très excité de commencer à la fondation Verbeke et j’ai plusieurs idées qui sont dans un ensemble de concepts tels que l’architecture, le recyclage, l’interaction, la biologie, l’évolution, l’utopie, le mouvement, la cinétique et les organismes vivants.

 
[Interview] Un robot qui joue l'interface plante & humain

 
Vous avez travaillé avec le professeur Bert Van Duijn de l’Université de Biologie et de l’Hortus Botanicus, à Leyde, pour développer votre “plante active”. Comment s’est effectué votre collaboration ? Trouvez-vous qu’il est facile en tant qu’artiste de communiquer avec un scientifique ? Utilisez-vous la même langue, par exemple ? Avez-vous dû vous ajuster l’un-l’autre sur votre façon de travailler et de réfléchir à propos de la nature ?

Lors de mes recherches sur la mécanique des plantes, la physiologie et la biodynamique, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Professeur Bert Van Duijn qui utilise une technique appelée Potentiel d’Action pour mesurer les signaux électriques qui circulent à l’intérieur de la plante à des fins agricoles. Grâce au Professeur Van Duijn, j’ai été confronté à l’organisation du Hortus Botanicus de Leiden, qui a ouvert ses portes à mes recherches sur cette plante spécifique et m’ont aidé à ensemencer les Mimosas. Nous avons dû adapter notre vocabulaire et les outils en permanence, et toute l’équipe avaient des perspectives et des objectifs différents lorsque l’on travaillait avec la nature.

 
Pouvez-vous également nous dire quelque chose sur le rythme de la plante ? Parfois, elle se repose, elle ne réagit pas aussi vite que les machines que nous avons utilisées,… ? Pensez-vous que les humains sont prêts à accepter et à respecter cette “lenteur” de la machine ?

Tout comme les humains, les animaux et les machines, les plantes ont un signal électrique voyageant à l’intérieur, mais elles n’ont pas de nerfs, comme les humains et les animaux, ni de fils et de câbles tels que les machines. Les plantes sont totalement indépendantes et peuvent exister sans l’homme, mais les humains et les animaux ont besoin de plantes pour survivre. Elles sont également en mouvement, pour étendre leur territoire, mais sur une échelle de temps très différente de la nôtre. La Jurema Action Plant a son propre temps, qui est égal au nôtre.

À mon avis, nous devons repenser les machines que nous développons et le concept de bio-capteurs. Il y a beaucoup de machines dans le monde et nous continuons à en fabriquer. Savez-vous d’où ces composants électroniques viennent, comment ils sont conçus et dans quelles conditions ? Pourquoi ne pas les ré-utiliser ? Les machines que nous créons sont cohérentes entre elles, mais je pense que nos machines pourraient être beaucoup plus cohérentes avec l’environnement.

La JAP est un prototype de machine pour notre avenir, où nous pouvons communiquer avec tous les spécimens au même niveau pour parvenir à une évolution commune. Même si nous avons les signes d’une catastrophe dans un avenir proche en raison du réchauffement climatique, de la guerre, de la croissance démographique, de la déforestation, et d’une différence économique très forte d’un endroit à un autre, je crois en un bel avenir. Le problème n’est pas le développement technologique, mais les personnes en charge des recherches, des innovations et des changements.

 
Que faites-vous quand vous ne travaillez pas sur la Jurema Action Plant ?

J’ai quelques projets en cours et j’en prépare de nouveaux, je fais des dessins, des graphiques, des recherches sur les architectures cinétiques et des moteurs qui fonctionnent avec une tension très faible. Je suis également dans la préparation d’une troisième édition de l’EME – Estúdio Móvel Experimental (première édition 2009 et deuxième en 2010), l’établissement d’une résidence mobile dans Rio de Janeiro qui fonctionne comme une plate-forme pour les artistes et les chercheurs afin d’explorer et de créer des œuvres d’art public et des ateliers dans l’environnement naturel et urbain de Rio.

 
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Merci à Ivan pour sa participation et à Régine pour l’interview.


Citations et traductions de We Make Money Not Art
Crédits images : Ivan Henriques

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Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Un commentaire
  • Qu’elles puissent enfin se plaindre du mauvais traitement que nous leur faisons subir, me réjouit !

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