Huile de palme et écologie, un faux débat

Huile de palme et écologie, un faux débat

Huile de palme et écologie, un faux débat 833 413 Sébastien BAGES

Nous savons qu’il est facile de trouver un bouc-émissaire pour des causes et idéologies, tout comme cela est simple de prendre une image caricaturale d’un enfant mort de faim en Afrique. Ici, cela a été l’huile de palme, un ingrédient gras utilisé par un grand nombre d’artisans et d’industriels de l’alimentation. Mais les causes souvent invoquées sont souvent fausses ou tronquées…


« L’huile de palme est mauvaise pour la santé », « l’huile de palme est mauvaise pour la planète », « avec trois cuillères, tu peux en mourir, c’est prouvé par la science », « c’est mauvais, même TF1 le dit », « l’huile de palme est mauvaise pour l’économie ».

Combien avons-nous eu de messages de ce type concernant l’impact négatif de cette huile pourtant naturelle, et pourquoi les écologistes, ou plutôt, pour ne pas mettre tout le monde dans le même panier, les pseudo-écologistes s’y attaquent tellement.

Essayons donc de reprendre du début. L’huile de palme est mauvaise pour la santé, vraiment ? Parlons d’abord de gras : « Sur le plan nutritionnel, l’huile de palme brute est même de bonne qualité. Elle contient 50,1 % d’acides gras saturés (principalement de l’acide palmitique, dans une proportion comprise entre 39,3 et 47,5 %, mais également de l’acide stéarique et des acides laurique et myristique), 41% d’acides gras monoinsaturés (essentiellement de l’acide oléique, qui est présent à hauteur de 70% dans l’huile d’olive et se trouve être le plus abondant des acides gras monoinsaturés de notre organisme), 11 % d’acides gras polyinsaturés (principalement de l’acide linoléique, avec un pourcentage de 9 à 12%, cet acide gras essentiel étant fondamental dans l’élaboration des membranes cellulaires et devant obligatoirement être apporté par les aliments), de la vitamine A (10 fois plus que la carotte) et de la vitamine E » (ref 1). C’est pas là.

Mieux, d’après des articles et des essais scientifiques dont un a été cité par nos confrères de Slate.fr (réf. 2), l’huile de palme préviendrait le cancer et ferait diminuer les risques d’AVC. Donc nous sommes loin des risques de santé exploités.

Une dernière légende écolo-spirituo-intellecto-scientifique est la transformation de l’huile de palme. Il est vrai que la cuisson de graines de palme de manière non contrôlée s’avère dangereuse, mais bien moins dangereuse que ce fameux poisson létal si mauvaise préparation.
Toutefois, les industriels dépensent une fortune colossale au traitement complet (voir sans doute trop traité au risque de perdre ses vertus thérapeutiques – et c’est d’ailleurs là que le bât blesse) des dites pépites. D’après les D. Cohen (nutritionniste) et Tounian (Responsable unité nutrition pédiatrique à l’hôpital Armand-Trousseau), ce sont les graisses saturées après transformation qui doivent être à surveiller. Clairement, plus l’huile est hydrogénée et “stérilisée”, plus les “mauvais” gras augmentent. Ainsi, tous les produits sont consommables mais sans toutefois en faire excès (au revoir le pot entier de Nutella quotidien, bonjour la simple tartine-une-cuillère). Mais n’est-ce pas comme tout ?

Déjà, en appréhendant tout cela, il n’y a qu’un conseil valable à suivre : ne pas faire d’excès. J’avoue qu’un grand nombre de lecteurs seront déjà bien déçus du résultat de l’article.

En ce qui concerne l’économie, c’est vrai. Ce point de vue occidental qui fait lui-même de l’huile de palme est une vision égocentrique. Toutefois, le discours est complètement différent de l’autre côté de la méditerranée. Là est tout l’avantage du web est de pouvoir s’informer bien au-delà du complexe culturo-centriste. Dans les zones concernées, donc de vraies personnes qui travaillent in-situ, avec de vrais journalistes qui sont sur place parlent plutôt épouvantés de greenwashing, de taxes coloniales et de protectionnisme des marchés européens, tout en mettant en avant que ce qu’ils font est plusieurs fois millénaires (réf. 3).

Pour la suite, c’est la pièce maîtresse de notre article puisque l’injonction écolo la plus courante disant que la culture est un danger pour les orangs-outans. Puisque l’accusation a pénétré la sphère publique pour devenir elle aussi une légende internationale, je vous laisse entre les meilleures mains des meilleurs spécialistes au monde puisqu’il s’agît d’une interview d’une part de nos confrères et partenaires New Scientist, et d’autre part de la très éminente primatologue Isabelle Lackman, qui sauront alors porter un regard très objectif sur la situation.

[notification type=”notification_info” ]Petite présentation : Isabelle Lackman est primatologue et cofondatrice de Hutan, une organisation non-gouvernementale qui a pour objectif de préserver la faune de Sabah. Lieu : Bornéo en Malaisie. Aujourd’hui, il reste seulement un nombre d’orangs-outans estimé à 60.000.[/notification]

 

Aujourd’hui, les orangs-outans sont retrouvés seulement à Bornéo et à Sumatra, où ils sont menacés par des plantations de palmiers à huile. Quelle est l’origine de ce conflit ?

Il y a un conflit de territoire. Les orangs-outans aiment terres basses, mais c’est là où l’agriculture est la plus productive. Les Orangs-outans se saisissent également des palmiers à huile et les mangent, parce que la chair est très douce – ils peuvent être un véritable fléau pour les plantations.

 

Est-ce qu’interdire l’industrie de l’huile de palme serait une solution, car c’est ce que certains groupes d’activistes préconisent ?

Non. L’huile de palme est une énorme source de revenus. Vous ne pouvez pas prétendre à ce que le pays abandonne sa principale source de revenus. Quoi qu’il en soit, la culture n’est pas un mal : c’est la façon dont elle est produite. La campagne anti-huile de palme a permis de réveiller certaines consciences, mais maintenant il est temps d’être plus réaliste et chercher des solutions pratiques.


 

Est-ce que les accusations de brutalités portées à ce secteur sont réelles ?

Les militants écologistes sont parfois ridicules dans les revendications qu’ils font. Le lobby anti-huile de palme contient des affirmations horribles qui ne sont évidemment pas vraies, comme l’ensemble de l’industrie de l’huile de palme est mauvaise et toutes les plantations massacrent les bébés orangs-outans. Cela arrive, mais ce n’est pas tout le monde. Mais parce que c’est très émotif, qu’il y a beaucoup d’images gores, cela permet aux militants de s’appuyer sur des faits qui ne sont pas vérifiés.

Bien sûr, cela va dans les deux sens. Les propriétaires de plantations diront qu’ils n’empiètent pas sur les aires protégées. Cela est vrai, mais plus de la moitié des orangs-outans vivent à l’extérieur de ces zones. Les propriétaires de plantations disent aussi orangs-outans peuvent survivre dans les plantations grâce au fruit du palmier à huile. Ce n’est pas vrai. Ils peuvent entrer et manger, mais aucun animal ne peut vivre qu’avec le fruit du palmier. Ce serait comme si vous ne viviez qu’en mangeant des cacahuètes.

 

Des efforts sont-ils faits pour l’industrie ?

L’industrie a évolué. Certaines entreprises ont désormais rejoint la table ronde sur l’huile de palme durable – appelée RSPO (réf. 4) – et certaines commencent à être certifiées durables. Mais cela coûte cher, et parce que l’huile de palme a été diabolisée – les gens appellent souvent à boycotter totalement – ce qui pénalise les entreprises qui essaient de bien faire.

 

Que peuvent faire les gens en-dehors de la Malaisie pour aider les orangs-outans ?

Les gens peuvent en apprendre davantage sur l’huile de palme durable et la RSPO, et même devenir membres. Pour le moment, la majorité des membres sont issus de l’industrie de l’huile de palme, et très peu d’ONG.

Aussi, nous avons lancé un appel afin de récolter plus d’un million d’euros auprès du Trust World Land (réf. 5) pour financer l’achat d’un corridor de terre stratégiquement placé reliant deux zones protégées. Les orangs-outans l’utilisent, et sauf s’il est protégé il ira à une entreprise d’huile de palme. C’est ce que nous voulons éviter.

 

Êtes-vous optimiste quant à la survie de l’orang-outan ?

La perspective est complètement dépendante du site. Certaines régions de Bornéo sont déboisées sur une très grande échelle, d’autres sont mieux protégées. Dans l’ensemble, je dirais que les choses s’améliorent lentement, principalement en raison d’un relativement bon soutien du gouvernement. Dans certains endroits, le gouvernement a même augmenté la taille des zones protégées. Ce n’est pas assez, mais ils vont dans la bonne direction.

 
En conclusion, après toutes ces émotions, nous pouvons qu’en conclure que l’huile de palme n’est pas un danger pour nous ; mais plutôt nous questionner sur pourquoi sa communication a autant fait de tsunamis, mettant à mal des cultures pourtant millénaires qu’elle vantait pourtant défendre ; ainsi que les nombreux efforts des organismes sur place protégeants et la faune, et la flore, et les humains qui y vivent.


Références :
1 – http://www.agriculture-environnement.fr/dossiers,1/entretiens,5/huile-de-palme-demeler-le-vrai-du-faux,863.html
2 – http://www.slate.fr/lien/56635/huile-de-palme-contre-cancer
3 – http://www.slateafrique.com/245355/economie-huile-de-palme-production-africaine-diabolisation
4 – http://www.rspo.org/
5 – http://www.worldlandtrust.org/news/2013/08/borneo-rainforest-appeal-launched
* – Interview extraites de NewScientist
Autres ressources :
* http://www.afrokanlife.com/plus/dalekh/ce-les-medias-vous-cachent-sur-lhuile-de-palme-par-jemea-kuoh/
* http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130904trib000783146/la-taxe-nutella-sur-l-huile-de-palme-encore-une-obsession-francaise.html

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Sébastien BAGES
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Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

2 commentaires
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    Vernadat Florence 22 octobre 2013 à 21h10

    D’où peut-on nier l’évidence qu’actuellement la culture intensive de l’huile de palme est une catastrophe environnementale !???!! ça on ne peut vraiment pas !!! Ensuite Bonne ou Mauvaise pr la santé, c’est comme toutes les huiles : aucune n’est ni meilleure, ni pire que les autres… le top étant un mélange de plusieurs huiles ds l’alimentation… Alors on fait comment qd on ne retrouve plus QUE de l’hdp ds nos aliments…??? Et Nutella, parlons-en !!! Oui c’est sûr que ça peut paraitre méchant (Bboouuhh ^^) de s’en prendre à eux…. mais en même temps vous êtes heureux vous de consommer ce produit que se targue, et fièrement en plus, d’utiliser cette huile et pas une autre …..!!!?? Ben merci…. Donc oui continuez tous a consommer cette huile à outrance, faudra pas venir pleurer ensuite !!! “Huile de Palme et écologie, faux débat” mais quel culot de mettre un titre pareil !!! Ce qui m’énerve, comme dans tout combat pour une idée, c’est que au départ on veut bien écouter ce que l’autre camp dit, mais on arrive à voir de telles horreurs, de tels non-sens comme votre titre, que…. forcément on peut paraitre virulent…. je voudrais tant que vous compreniez l’importance de ce débat, de notre point de vue, de notre envie de faire changer les choses…. Vous visualisez les ravages sur les forets, sur les populations humaines et animales…. Je pense qu’on ne peut plus, de nos jours, se mettre des oeillèires….

    • Très d’accord avec vous,les grand producteurs d’huile de palme,en plus, brûlent des forêts pour pouvoir planter plus de palmier pour en extraire son fruit,ils tuent des animaux,ils ajoutent une tumeur au poumons de la terre(car après avoir raser et reraser tout les palmiers,il ne reste qu’une terre aride où on ne peut plus rien planter),ils tuent aussi des espèces florales et pleins d’autres choses détruites par l’avidité de l’homme.Franchement,bravo aux associations qui sont contre tout ces meurtriers,je vous soutiens,…

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