Grignoter du pétrole ? L’attaque des champignons !

Grignoter du pétrole ? L’attaque des champignons !

Grignoter du pétrole ? L’attaque des champignons ! 260 172 Sébastien BAGES

Prenez une boîte de Pétri contenant du pétrole brut et il sera communiqué une forte odeur distincte des toxines qui forment le combustible fossile. Saupoudrer de spores de champignons sur la boîte et laisser reposer pendant deux semaines dans un incubateur, et la surprise, le pétrole et son odeur disparaîtront. “Les champignons consomment le pétrole!” explique Mohamed Hijri, professeur de sciences biologiques et chercheur à l’Université de Montréal à l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV).


Hijri co-dirige un projet avec B. Franz Lang pour promouvoir la nature comme allié numéro un dans la lutte contre la contamination. Lang est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la génomique comparative et évolutive, professeur au Département de l’université de biochimie.

En utilisant des bactéries pour stimuler la capacité de croissance exceptionnel de certaines plantes et de champignons microscopiques, Hijri et Lang pensent être capables de créer des unités de décontamination in situ afin de réussir à attaquer les sites les plus contaminés de la planète.

La recette est simple. Au printemps, ils bouturent des plantes de saule à des intervalles de 25 centimètres afin de plonger ses racines dans le sol et absorber les contaminants dégradants dans les bois le long de la bactérie.

A la fin de la saison, nous brûlons les tiges et les feuilles et on se retrouve avec une poignée de cendres emprisonnant tous les métaux lourds qui s’accumulent dans les cellules végétales. Les sols fortement contaminés seront nettoyés après quelques cycles. «En plus, c’est beau», explique Hijri pointant vers une image d’une végétation dense couvrant le sol d’une ancienne raffinerie, après seulement trois semaines.

Grâce à la collaboration d’une compagnie pétrolière de la région de Montréal, les chercheurs ont eu accès à un paradis microbiologique : un domaine où pratiquement rien ne peut pousser et où personne n’ose s’aventurer sans équipement de protection digne d’un voyageur de l’espace.

C’est là que Hijri recueilli des micro-organismes spécialisés dans l’ingestion de combustibles fossiles. “Si nous laissons la nature pour elle-même, même les sites les plus contaminés trouve une sorte d’équilibre soutenue par la colonisation des bactéries et des champignons. Mais en isolant les espèces les plus efficaces dans cette bataille biologiques, nous pouvons gagner beaucoup de temps.”

 

Sélection naturelle et artificielle

C’est la partie visible du projet, qui pourrait conduire à une percée dans la décontamination des sols.

Le projet est intitulé Improving Bioremediation of Polluted Soils Through Environmental Genomics (IRBV – Améliorer la Bioremédiation des Sols Pollués par la Génomique Environnementale) et il exige beaucoup de temps d’échantillonnage et de travail sur le terrain ainsi que de séquençage ADN de l’espèce en question.


Le projet implique 16 chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université McGill, dont beaucoup sont affiliés à l’IRBV. L’équipe comprend également quatre autres chercheurs, des juristes et politologues, se spécialisant dans les questions éthiques, environnementales, économiques, juridiques et sociales de la génomique.

Le principe est basé sur un procédé bien connu dans le secteur appelé phytoremédiation qui consiste à utiliser des matières végétales pour la décontamination. “Toutefois, dans les sols contaminés, ce n’est pas la plante qui fait l’essentiel du travail”, explique Lang. “Ce sont les micro-organismes comme les champignons et les bactéries qui accompagne la racine. Il y a des milliers d’espèces de microorganismes et notre travail consiste à trouver la meilleure combinaison plante-champignons-bactéries.”

Le botaniste Michel Labrecque supervise la partie centrale du projet. Le saule semble être l’une des principales espèces intéressante compte tenu de sa croissance rapide et de sa foliation prématurée.

De plus, sa tige pousse encore de manière plus vigoureuse une fois qu’elle a été coupée. Par conséquent, il n’est pas nécessaire de planter de nouveaux arbres chaque année. Cependant, la meilleure espèce de saules doit encore être déterminée.

 

Un des meilleurs du pays

En investissant 7,6 millions de dollars sur trois ans, Génome Canada, Génome Québec et d’autres partenaires s’attendent à des résultats concrets sur le marché de la décontamination des sols, qui est estimée à 30 milliards de dollars au Canada seulement. “Le fait que le projet soit classé deuxième parmi les meilleurs projets dans le pays nous a pris par surprise”, dit Lang qui est déjà renommé mondialement en génomique et en bioinformatique, et qui a été publié dans les publications les plus prestigieuses.

Dans les nouveaux laboratoires lumineux du Centre sur la Biodiversité, où l’Hijri vient d’emménager avec son équipe, tout le monde est très concentré sur le projet. Plus de vingt personnes ont été embauchées dans les derniers mois ou le seront prochainement pour voir ce projet aboutir.

La participation de Suha Jabaji et Charles Greer à l’Université McGill sont des atouts importants pour la réussite du projet. “C’est vraiment une collaboration interdisciplinaire et inter-institutionnelle”, explique Lang. “C’est le résultat d’un travail d’équipe.”

“C’est à la fin de la saison, que nous allons recevoir la matière végétale prélevée de notre terre d’expérimentation et l’analyser dans le détail”, explique Lang entouré par l’équipement de mesure.

Au deuxième étage du Centre, les agents de recherche travailleront au séquençage des échantillons. Les robots et des centaines de machines de haute précision de milliers de dollars doivent encore être déballé, ce qui ne devrait pas tarder car les investisseurs attendent des résultats à court et à moyen terme.”

Pour Lang, ce projet est le point culminant de sa carrière. “J’ai toujours été étroitement lié à la recherche fondamentale. Cependant, ce que nous faisons ici est le fruit de ces 25 dernières années de travail. Cette application concrète de la science n’aurait jamais été possible si je n’avais pas fait la recherche fondamentale, et je prévois de laisser à nos politiciens la charge du financement.”

Dans son laboratoire, cinq personnes ont déjà été requises pour le projet et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En plus de cela – il compte aller sur le terrain et manipuler des échantillons. “Une tâche qui est très difficile pour un chercheur de faire au début de sa carrière”, explique Lang.

Déjà, plusieurs entreprises frappent à sa porte et des accords de partenariat sont en cours. Si le projet aboutit à des résultats commerciaux, Lang veut que la majorité des recettes aille à la recherche à l’Université de Montréal et à l’Université McGill dans des disciplines en adéquation à ce projet. “Ce sera une façon de s’assurer que la prochaine génération continue ce travail”, explique Lang.


Crédit photo : Université de Montréal

Traduit de l’article original de PhysOrg.

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Laisser une réponse

4 × cinq =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.