Fumer réduit le risque de tumeurs rares (mais pas la nicotine)

Fumer réduit le risque de tumeurs rares (mais pas la nicotine)

Fumer réduit le risque de tumeurs rares (mais pas la nicotine) 979 511 Sébastien BAGES

De nouvelles recherches confirment une association entre le tabagisme et un risque réduit pour certaines tumeurs bénignes rares près du cerveau, mais l’analyse suggère que la nicotine n’est pas la substance protectrice.


L’étude – basée sur des données suédoises – suggère que les hommes qui fument sont presque 60% moins susceptibles de développer un neurinome acoustique, que les personnes qui n’ont jamais fumé. Mais les ceux qui ont utilisé du tabac à priser, où la quantité de nicotine dans le sang est similaire à une cigarette classique, n’ont pas eu de réduction du risque de développement de la tumeur.

« Nous voyons cet effet avec des fumeurs, mais pas avec les utilisateurs de tabac à priser, donc nous pensons que l’effet protecteur a peut-être quelque chose à voir avec le processus de combustion ou de l’un des autres produits chimiques présents dans les cigarettes qui ne sont pas dans le tabac à priser », a expliqué Sadie Palmisano, un étudiant-doctorant en épidémiologie à l’Ohio State University et auteur principal de l’étude.

Le neurinome de l’acoustique est une tumeur qui se développe sur le nerf vestibulaire cochléaire, reliant l’oreille au cerveau. Ce n’est pas un cancer, mais il peut causer des dommages nerveux ainsi que des symptômes incluant des vertiges, des bourdonnements dans les oreilles, jusqu’à une perte auditive. Le seul traitement de ces tumeurs à croissance lente est l’ablation chirurgicale ou le traitement par rayon qui permet de réduire leur taille. Environ une personne sur 100.000 par an développe ces excroissances, ce qui représente en moyenne 8% de toutes les tumeurs primaires intracrâniennes, rien qu’aux États-Unis.

Certaines études antérieures avaient montré un lien similaire entre le tabagisme et la réduction du risque du développement de ces tumeurs, mais elles ne prenaient pas en compte l’utilisation du tabac à priser. Bien que la recherche vise à la prévention des neurinomes de l’acoustique, les chercheurs ont souligné qu’ils ne cautionnent pas le tabagisme comme moyen d’éviter le développement d’une tumeur.

Les résultats suggèrent aux scientifiques que le manque d’oxygène associé au tabagisme pourrait aider à prévenir les tumeurs, en affamant les cellules dont la prolifération conduit à la formation d’un neurinome acoustique. Elles sont appelées les cellules de Schwann, et elles produisent la gaine de myéline autour des cellules nerveuses dans le système nerveux périphérique, qui en dehors du cerveau et de la moelle épinière.

La recherche a été publiée sur Internet et sera prochainement dans le magazine American Journal of Epidemiology.

Les scientifiques ont mené une étude nationale sur le neurinome acoustique entre 2002 et 2007 et ont compilé les données de patients suédois âgés entre 20 et 69 ans, à partir du moment où la tumeur a été diagnostiquée. Ces patients, ainsi que les participants-témoins suédois, ont également rempli des questionnaires sur les expositions environnementales et leurs styles de vie.


Palmisano et collègues ont appliqué l’analyse statistique de ces données pour déterminer les associations entre le tabagisme, l’utilisation du tabac à priser et le risque d’un neurinome acoustique. L’analyse a cumulé des informations de 423 patients atteints de tumeurs et 645 témoins appariés selon l’âge, le sexe et le lieu de résidence.

« Nous avons travaillé sur la quasi-totalité des cas diagnostiqués en Suède – il y avait un taux de 84% de participation. En plus de cela, un registre basé sur la population a servi de base pour l’échantillon témoin. Cela a été incroyablement représentatif de la population. Avec ce grand échantillon, nous avons constaté le lien entre tabagisme et risque réduit de neurinome acoustique », a déclaré Palmisano.

Ce lien a été particulièrement fort chez les hommes qui étaient fumeurs, avec une réduction de 59% du risque de neurinome acoustique par rapport à des gens qui n’avaient jamais fumé. Chez les fumeuses, l’association était plus faible – avec un risque réduit de seulement 30% par rapport aux femmes n’ayant jamais fumé. Cette dernière statistique est si faible qu’elle pourrait être attribuée au hasard.

Les fumeurs de l’étude sont ceux qui ont fumé au moins une cigarette par jour durant les six mois ou plus précédent et pendant la recherche. Pour les personnes qui avaient fumé puis arrêtez, y compris ceux qui l’étaient depuis longtemps, « nous n’avions pas trouvé autant d’effets. C’est comme un puzzle », a signalé Palmisano.

Les chercheurs ont évalué l’utilisation du tabac sans fumée chez les hommes seulement, car trop peu de femmes avaient déclaré utiliser le tabac à priser. Ils n’ont trouvé aucune différence dans le risque de neurinome de l’acoustique entre les utilisateurs actuels (lors de l’étude) ou passés de tabac et les personnes qui n’avaient jamais utilisé le tabac à priser.

Ces résultats sur le tabac à priser impliquent que la nicotine ne fournit pas la protection, car ses utilisateurs habituels et les fumeurs ont des niveaux similaires de nicotine dans leur sang. Les utilisateurs de tabac à priser ne récoltent donc aucun avantage pour la prévention des neurinomes acoustiques. Suivant ce constat, les chercheurs ont déterminé que la nicotine devrait probablement être écartée d’une protection potentielle.

Le tabac à priser suédois et américains diffèrent sensiblement, de sorte que ces résultats ne traduisent pas l’impact de cette forme de consommation des utilisateurs outre-atlantique, qui est fermenté et contient plus de produits chimiques que celui des suédois.

De nombreuses études ont également lié le tabagisme à un risque réduit pour la maladie de Parkinson, ce qui conduit les scientifiques à continuer à chercher des indices sur la façon dont le tabac peut avoir cet effet sur ​​le système nerveux. Palmisano utilisera également les données suédoises pour explorer d’autres causes potentielles de neurinomes de l’acoustique, y compris l’exposition à des bruits forts. La seule cause connue des tumeurs est une maladie génétique appelée neurofibromatose. Deux sources différentes de rayonnement ont également été liés à un risque accru pour les tumeurs.


Citations de l’Université de l’État de l’Ohio
Crédit image : Gorky

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Un commentaire
  • Très intéressant. C’est assez contre-intuitif de dire que le tabac peut réduire un risque de cancer. C’est vrai qu’en comparaison des risques que la cigarette induit, les tumeurs rares sont un peu le moindre des problèmes.
    Si cette découverte permet toutefois d’engager des études pour découvrir quelle est la substance curative, ce sera une bonne chose.

Laisser une réponse

vingt − quatre =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.