Des molécules trop dangereuses pour la nature détruisent les cellules cancéreuses

Des molécules trop dangereuses pour la nature détruisent les cellules cancéreuses

Des molécules trop dangereuses pour la nature détruisent les cellules cancéreuses 810 486 Sébastien BAGES

Ce que la nature abhorre pourrait aider à combattre le cancer, si l’on en croit des chercheurs qui ont développé et testé des composés bizarres appelés Nullomers.


Nullomers. Leur nom vient du mot latin ‘nullus’, qui signifie ‘rien’, et le fait que, bien qu’ils puissent théoriquement naturellement exister, ce ne soit pas le cas, vient peut-être du fait qu’ils seraient trop toxiques ou inutiles à la vie, et donc les séquences d’ADN qui les codent pourraient avoir été bottés hors existence, lors de l’évolution.

Actuellement, deux nullomers ont montré leur capacité à détruire des cellules de deux types courants de cancer – du sein et de la prostate – ainsi qu’une forme de leucémie. Pourtant, ils semblent épargner les cellules saines, qui deviennent rapidement à l’abri de tout effet néfaste.

« À notre grande surprise, les cellules ‘normales’ s’adaptent et deviennent moins sensibles aux nullomers, alors que les effets sur les cellules cancéreuses augmentent avec le temps », a expliqué Greg Hampikian de l’Université d’État de Boise à Boise, dans l’Idaho, et à la tête de l’équipe de développement et de test des nullomers . Il pense que ces molécules pourraient fonctionner en appauvrissant la production d’énergie dans les cellules cancéreuses, mais pas en bonne santé. Les chercheurs continuent cependant à enquêter sur la façon dont ils tuent les cellules.

Hampikian a fabriqué des nullomers après avoir analysé tous les génomes accessibles par les êtres vivants, a alors mis au point des séquences ADN codant des peptides de cinq acides aminés, longtemps absents de l’inventaire dans la nature. Il a découvert que parmi les 3,2 millions de combinaisons possibles pour ces peptides, 198 étaient absentes. Alors, il s’est attaché à les reconstruire.

Après leur dépistage, il en a identifié deux, sous le nom de code assez sexy de 9R et 9S1, qui furent particulièrement efficaces contre les cellules cancéreuses. Les résultats, publiés dans Peptides (sous la référence DOI: 10.1016/j.peptides.2012.09.015), montrent que deux jours après exposition, les cellules cancéreuses sont devenues plus sensibles aux nullomers, tandis que les cellules saines sont devenues plus résistantes.


 

Encore plus puissant !

Les concentrations requises, pour tuer la moitié d’une population, ont chuté dans les 48 heures d’un tiers de son niveau initial, alors que la peau saine et les globules sont devenues plus tolérantes aux nullomers.

Les concentrations exigées pour tuer la moitié d’une population de cellules cancéreuses de la prostate ou du sein ont dû être revues à la baisse en l’espace de 48 heures, pour être réduites à un tiers du niveau original, avec des cellules de peau saine et sanguines devenues plus tolérantes.

D’autres études ont montré que les nullomers ont tué les cellules cancéreuses en perturbant la production d’énergie dans les mitochondries – les centrales électriques des cellules – avec une production de la molécule d’énergie ATP qui chuta pratiquement à zéro.

Hampikian étudie maintenant cette question plus en détail pour savoir pourquoi les nullomers endommagent les cellules cancéreuses, mais épargnent les saines. « Il y a beaucoup de différences fondamentales entre les cellules cancéreuses et normales, de la vitesse à laquelle elles se reproduisent, à la façon dont elles métabolisent le sucre, donc nous sommes en train de travailler sur certaines de ces variables », a-t-il dit.

Hampikian et ses collègues modifient chimiquement les nullomers pour essayer de les rendre encore plus efficace. « Nous nous attendons à une forte augmentation de leur puissance », a-t-il décrit. Toutefois, il doute qu’ils puissent lutter contre le cancer seul, et envisage une utilisation en combinaison avec d’autres médicaments pour réduire le risque du développement d’une résistance des cellules cancéreuses face à cette nouvelle arme.

Le travail reçoit un accueil prudent d’Ali Tavassoli, chercheur contre le cancer à l’Université de Southampton : « Ces résultats sont prometteurs, mais il est important de souligner qu’ils [les nullomers] ont seulement été testés sur des cellules en laboratoire. Des études complémentaires sur la manière dont ces peptides pourraient se comporter chez les êtres humains, en particulier leur stabilité et leur résistance à la dégradation, seront nécessaires avant de savoir s’ils pourraient être des candidats-médicaments appropriés ».


Citations de New Scientist
Crédit image : Image d’illustration – © Deliormanli / iStock

Share
Sébastien BAGES
About the author

Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

Un commentaire
  • Cet article me fait penser à un documentaire appelé “Tchernobyl : une histoire naturelle” dans lequel il y est montré que la faune et la flore est aujourd’hui, 20 ans après, en apparente bonne santé, malgré le fait qu’ils soient contaminé et radioactif jusqu’au bout des ongles.
    Il semblerait qu’ils aient développé un mécanisme de sélection des cellules et notamment de leur durée de vie, et ainsi programme une mort rapide aux cellules qui sont trop dégradées par la radioactivité… Intéressant , non ? l’homme en ferait-il autant ?

Laisser une réponse

quatre × deux =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

        Back to top
        Préférences de confidentialité

        Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous la forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous sommes en mesure d'offrir.

        Cliquez pour activer / désactiver le code de suivi Google Analytics.
        Cliquez pour activer / désactiver les polices Google.
        Cliquez pour activer / désactiver Google Maps.
        Cliquez pour activer / désactiver les intégrations vidéo.
        En poursuivant votre navigation, sans changer les paramètres de votre navigateur, vous acceptez l'utilisation de cookies pour garantir une bonne expérience sur notre site.