Comment l’être humain devient social ?

Comment l’être humain devient social ?

Comment l’être humain devient social ? 1024 768 Sébastien BAGES

Regardez autour de vous, il est impossible de manquer l’importance des interactions sociales dans la société humaine. Elles forment la base de nos familles, nos gouvernements, et même de notre économie mondiale. Mais comment sommes-nous devenus sociaux ? Les chercheurs ont longtemps cru qu’il s’agissait d’un processus progressif, évoluant du couples, aux clans et aux grandes communautés. Cependant, une nouvelle analyse indique que les sociétés de primates ont d’abord explosé en nombre, probablement parce qu’elles en retiraient un sentiment de sécurité.


C’est une idée controversée, admet l’anthropologue et auteure de l’étude Susanne Shultz de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni. “Nous allons probablement créer un trouble”.

Au cours des dernières décennies, les chercheurs ont acquis des connaissances considérables sur l’évolution des groupes sociaux avec l’aide des abeilles et des oiseaux, en les comparant avec des systèmes sociaux. Chez ces animaux, il semble que les sociétés complexes aient évolué par étapes. Les personnes vivant seules ou appariés ont commencé à vivre avec leurs progénitures. Ces petits groupes se sont développés progressivement devenant plus grands pour finalement céder des organisations complexes. Certains anthropologues ont dépeint une histoire similaire pour les primates.

Shultz et ses collègues ont décidé de tester cette idée. Leur première tâche a été de déterminer quels facteurs ont influencé le modèle des sociétés actuelles de primates. Une hypothèse courante est que l’environnement local formes les structure des groupes. Par exemple, la pénurie alimentaire pourrait conduire les individus, dans un élan commun, à s’entraider les uns les autres pour la chasse et la cueillette. Mais, après le débroussaillage de la littérature scientifique sur les 217 espèces de primates, les chercheurs ont remarqué que les races étroitement apparentées ont tendance à organiser leurs sociétés de la même manière, peu importe où elles vivaient. Les babouins et les macaques, par exemple, habitent de nombreux endroits et habitats différents, mais pour la plupart, ils vivent toujours dans une société mixte de femelles et de mâles interdépendants.

Parce que la structure du groupe ne se forme pas selon les caprices de l’environnement, Shultz et collègues ont émis l’hypothèse qu’elle doit être transmise dans le temps. Et en effet, quand ils ont regardé à travers l’arbre généalogique des primates, ils ont constaté que les comportements sociaux actuels d’une espèce ont tendance à être semblables à ceux de ses ancêtres.

Dans cet esprit, les chercheurs ont déduit la manière dont les ancêtres de ces primates ont vécu, en essayant de trouver le scénario qui nécessiterait le moins de changements évolutifs dans l’objectif de se rendre à la répartition actuelle des organisations sociales de leur arbre généalogique. Ils ont créé un modèle statistique pour déterminer ce qui se passerait, par exemple, si le dernier ancêtre commun aux singes et les singes ont vécu en couples ou en groupes.


À la surprise des chercheurs, la solution la plus sensée a suggéré que l’ancêtre solitaire ait commencé à s’unir, non par paires, comme les scientifiques avaient pensé, mais par groupes homogènes (avec les deux sexes), à l’identique de ce qui est affiché dans les rapports de l’équipe mis en ligne hier dans la revue Nature. Compte tenu de la distribution moderne des organisations sociales, le moment le plus probable pour ce changement fût, il y a 52 millions d’années, lorsque les ancêtres des singes et se sont divisés en deux sous-espèces : les ancêtres des lémuriens et les autres primates prosimiens.

Shultz soupçonne qu’à cette époque, les ancêtres des primates nocturnes d’aujourd’hui sont devenus plus actifs pendant la journée. Elle note qu’il “est plus facile de se faufiler dans la nuit quand vous êtes seule, mais quand vous commencez à chasser pendant la journée, quand les prédateurs peuvent plus facilement vous repérez, la sécurité réside dans le nombre”.

Mais tous les primates d’aujourd’hui ne vivent pas dans de grands groupes mixtes. Quelques-uns, tels que les singes du Nouveau Monde Titi, vivent en couple. Et certains primates, comme les gorilles, ont formé des harems où un mâle a de multiples femelles. L’analyse montre que ces structures sociales remontraient jusqu’à seulement environ 16 millions d’années.

“Quand j’ai lu le papier, j’ai été vraiment frappé par l’image de ce qu’ils (NDT : Ils = les chercheurs ayant publiés les résultats) nous donnent”, dit Joan Silk, anthropologue à l’Université de Californie à Los Angeles. Certains “modèles théoriques devront être révisés”.

Bernard Chapais, primatologue à l’Université de Montréal au Canada, est impressionné par le nombre de primates inclus dans l’analyse. “Elle (NDT : l’analyse) est proche du nombre total d’espèces de l’ordre des primates”, dit-il. Il est en accord avec le scénario de Shultz, mais lui et Silk auraient aimé que la découverte prenne en compte plus de détails, comme le mode de reproduction, lorsqu’il s’agit de classer les systèmes sociaux. Shultz de répondre que c’est quelque chose qu’elle envisage de faire. Mais, même sans cette précision, “ces analyses représentent un ajout bienvenu à l’étude actuelle dans l’évolution sociale”, déclare Peter Kappeler, anthropologue à l’Université de Göttingen en Allemagne.


Via ScienceMag, traduit par Sébastien B.

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Sébastien BAGES
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Sébastien BAGES

Plus de trois années de travail passionné sur Civilisation 2.0 Actus, et fondateur de l'association Civilisation 2.0, je mets à contribution mon expertise de veille technique et scientifique, mon analyse de chef de projet, mon engouement pour la science et ses outils, et mon expérience dans le développement stratégique afin d'offrir à tous ce qui en résulte.

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