Affinités et disparités entre le Technoprogressisme, le Transhumanisme et The Venus Project – Partie 3 –

Affinités et disparités entre le Technoprogressisme, le Transhumanisme et The Venus Project – Partie 3 – 1199 798 Jean Depiesse

Affinités et disparités entre le Technoprogressisme, le Transhumanisme et The Venus Project : Troisième partie

Propositions éventuelles de futures collaborations entre Civilisation 2.0 et l’Association Française Transhumaniste : Technoprog.

A. Au regard de notre échange, de futures collaborations vous semblent-elles possibles entre nos deux organismes ?

Didier Coeurnelle (D.C.). : Avant de vous quitter, trois ou quatre petites choses, pas tout à fait en dehors du sujet mais plus larges, il est difficile de ne pas parler de l’actualité – même si on a réussi jusqu’ici – on ne peut pas négliger les choses fascinantes, voir surréalistes, qui sont en train de se dérouler. J’aime partir de l’humanité, on a mis tant d’énergie à protéger la vie des personnes âgées, je ne comprends pas exactement ce qui se passe, combien il y a d’enjeux, notamment vis à vis de la recherche scientifique et la mise en commun des ressources, et tout ça.

En plus, il y a pas mal de projets différents finalement, une des grosses difficultés c’est de mettre les gens ensemble plutôt que de créer de nouveaux projets, ça je le dis pour vous ici, si on peut travailler ensemble, plutôt que d’avoir des projets différents. 

Mathias Techer (M.T.) : C’est justement ce que nous avons en tête avec cette dernière question.

D.C. : On en discutait justement Marc et moi, et les deux autres personnes de notre équipe, à propos de la discussion de « comment avoir des gens ensemble au niveau international ». Parce qu’il y avait aussi un projet nouveau, mais moi je disais « essayons plutôt de mettre en commun des projets existants ».

Et concernant mon sujet favori, les questions de longévité, pour lequel à mon avis ce qui se passe actuellement est très favorable – parce que le Covid-19 ne tue quasiment que des personnes âgées. Donc, par rapport aux recherches sur la longévité, très souvent on fait face à ce reproche là : « Oui, mais les transhumanistes ne concernent que les riches ! », j’ai pourtant quasiment jamais entendu un transhumaniste dire « Je ne veux ça que pour les riches », c’est donc très important que ces recherches soient collectives, etc., pour éviter une quelconque mainmise sur ses recherches et permettre un libre accès à tout le monde, plus exactement à tous ceux qui le souhaitent, et ce sans limitation de ressources. Je suis donc optimiste dans ce domaine là.

M.T. : Idem pour nous en ce qui concerne l’optimisme dans ce domaine, d’où l’intérêt pour Civilisation 2.0 de communiquer là-dessus, on se rejoint.

D.C. : C’est vraiment surréaliste pour moi cette énergie extraordinaire pour sauver des vies, surtout vis à vis des personnes âgées encore une fois, zéro mort entre 0 et 10 ans, 0.2% de chances d’en mourir avant 40 ans, donc on ne s’occupe que des personnes âgées. Je ne le dis pas trop ouvertement parce qu’en ce moment on est dans une politique de confinement, si les jeunes savaient qu’ils ne risquent rien, le risque qu’ils sortent serait plus élevé – l’ONG Civilisation 2.0 précise qu’aujourd’hui il est dorénavant reconnu que le public jeune est également affecté par la pandémie, bien que le risque de mortalité soit plus faible en dessous de 45 ans et encore plus en dessous de 20 ans -.

[Dernière intervention de Didier avant son départ anticipé, Marc nous répondra donc plus en détail, ci-dessous, concernant d’éventuelles futures collaborations entre nos deux structures.]

Marc Roux (M.R.) : Eh bien écoute, je pense qu’on est d’accord sur les aspects dont on a discuté, dans les grandes lignes tout du moins. La question après, c’est comment est-ce que, de manière concrète, on peut proposer des choses. Je réfléchissais, tout en t’écoutant, à quelques pistes différentes. La plus concrète, pour nous, c’est le projet qui est coordonné par Terence, donc « Tomorrow For Good », dans lequel Venus Project doit être intégré, être partie prenante. La seule difficulté actuelle étant la pandémie qui fait qu’on ne sait pas encore bien ce que ce projet là va devenir.

Terence réfléchissait notamment à proposer un événement qui soit un mix entre virtuel et présentiel, avec des intervenants qui seraient présents dans les lieux, mais avec un auditoire confiné devant ses ordinateurs [rires], en filmant quasiment tout et en essayant de développer les outils interactifs en ligne. Je sais pas ce qu’on réussira à mettre en place en l’espace de deux mois et demi, ça risque d’être difficile, mais il n’avait pas envie de reporter. D’autant plus que son idée c’est d’essayer de le pérenniser, c’est à dire d’en faire un par an, ou tous les deux ans, en se disant on le fait quand même dans une forme réduite avant de retenter de le faire en présentiel dans un ou deux ans.

Mais ce qui est important c’est que, oui, je suis bien d’accord qu’à travers ce type de projets, on peut fédérer de grands acteurs, tout en laissant à chacun un espace où il pourra exprimer à sa manière toutes ces idées là. Puis ça sera évidemment, en même temps, un espace d’échanges entre tous ces acteurs.

On est vraiment, comment dire, dans un questionnement d’organisation quasi-politique, au sens général du terme. C’est à dire qu’il y a plusieurs logiques, est-ce qu’il est préférable de se rattacher à des organisations existantes, préexistantes, pour pas trop se disperser, c’est un peu ce qu’exprimait Didier ci-dessus en disant qu’avant de lancer une organisation nouvelle il faudrait quand même réfléchir à ce qui a été fait avant, est-ce qu’il existe pas à la porte d’à côté quelque chose de quasi-similaire, à l’intérieur de laquelle je pourrais développer ce que j’ai envie de faire ? Ou, autre logique, est-ce qu’il est préférable de laisser chacun lancer ses initiatives, même si ça peut éparpiller beaucoup, et puis travailler à régulièrement se retrouver, se regrouper, autour d’un événement qui peut prendre des formes diverses ?

En fait, moi je pense qu’il faut avoir les deux réflexions en même temps, parce qu’à trop vouloir centraliser, il y a des gens qui n’adhèrent pas – parce que ça ne correspond pas à leur caractère, à leur manière de fonctionner, donc ils ne vont pas venir, on les perdra de vue et c’est dommage – mais d’un autre côté, ne fonctionner qu’à base de « J’ai une idée, c’est moi, c’est la meilleure ; voilà, j’ai l’idée qui va révolutionner le monde, donc je fais mon truc de mon côté », on voit que ça ne marche pas non plus…

M.T. : (…) C’est ce que l’on reproche au TVP actuellement (…)

M.R. : (…) Donc je pense qu’il faut qu’on essaie de travailler sur les deux logiques, et en fait c’est quasiment impossible de savoir, à l’avance, qu’est-ce qui va, à un moment donné, provoquer un mouvement de fédération plus fort autour d’un projet donné. Ce sont toujours des alchimies tellement complexes qu’on arrive jamais à voir venir le mouvement qui va s’imposer. Puis bon, même quand il y a un mouvement qui est plus fédérateur que les autres, ça n’empêche jamais qu’il y ait toujours des gens qui continuent à travailler dans les marges, ce qui est très bien en soi. Parce que même les mouvements qui sont fédérateurs sur un terme un peu plus long, en général, historiquement, ils finissent par s’essouffler un jour ou l’autre. Le flambeau est ainsi repris par des gens qui travaillaient dans les marges, et ce des fois pendant des années.

L’AFT essaie de faire son boulot en insistant sur les aspects qui lui paraissent les plus importants, et en même temps avec des événements comme « Tomorrow For Good » (le fait est que c’est l’AFT qui est le premier initiateur de ce projet là) (…) c’est un projet à travers lequel on veut vraiment être le plus ouvert possible. Terence fait un travail intéressant de ce point de vue, c’est à dire que dans la communication de « Tomorrow For Good », l’AFT, je sais pas ce que vous en pensez, je trouve qu’elle apparaît assez peu [rires + Approbation de l’équipe].

M.T. : Oui, en effet, on sait qu’elle en est à l’origine, et c’est vrai que c’est très hétéroclite dans les participants qui souscrivent à l’événement. Je trouve que cette initiative que vous avez prise ressemble un peu à ce que fait le mouvement sceptique francophone actuellement. Notamment avec le phénomène des conventions, où ils se retrouvent, où ils se citent les uns les autres, de là émerge des plateformes comme la « Vidéothèque d’Alexandrie » où, lorsqu’un nouveau youtubeur s’essaie à de la vulgarisation des sciences, il peut y déposer ses scripts pour les faire vérifier par des pairs qui sont, pour certains, doctorants ou chercheurs dans les domaines que le youtubeur en question veut traiter. Une option qui n’oblige pas pour autant le youtubeur en question à être un spécialiste dudit sujet, pour s’exprimer en la matière, ça lui permet simplement de faire vérifier son script avant publication, afin d’avoir un retour de la communauté pour voir si ce qui est dit est correct ou non.

Je pense donc que « Tomorrow For Good » peut faire de même, c’est à dire que si des gens ont des idées, des alternatives à proposer, ils peuvent venir soumettre ces dernières à la critique, notamment lors des tables rondes que vous allez organiser, ce qui pourra être intéressant dans l’optique de confronter les différentes opinions et avis à ce moment là. Pour justement, in fine, faire ressortir le meilleur de tout ça.

M.R. : Donc ça c’est un exemple d’actions concrètes qu’on peut faire. On associe nos ressources, chacun vient mettre un peu de sous, un peu de personnes, un peu de savoir-faire sur l’événementiel, etc. Chacun pourrait arriver avec sa liste de prospectus pour faire de la pub, chacun pouvant arriver avec sa « press-list » par exemple pour communiquer vers les médias. Donc si on est capable de mettre en place des synergies comme ça de temps en temps, je pense que ça aurait une certaine efficacité.

Ensuite, un autre exemple auquel je pensais, c’est celui de l’ensemble de nos publications. Quand je dis « nous », je parle des vôtres, des nôtres et de celles d’autres partenaires potentiels, je pense que ça pourrait être intéressant de se proposer les uns aux autres nos publications.

C’est à dire que, sur le site de l’AFT, je pense qu’on pourrait très bien, de temps en temps, accueillir un ou des articles en provenance, par exemple, de Civilisation 2.0, pourquoi pas ? Et évidemment vice-versa si ça vous intéresse [Approbation de l’équipe]. Et puis on peut chercher à développer ça avec d’autres partenaires encore, si vous pensez que c’est pertinent avec The Venus Project, pourquoi pas ? Et si vous avez d’autres contacts avec d’autres partenaires on peut encore développer.

Nous, par exemple, nos articles sont systématiquement, ou quasi systématiquement, repris sur le site américain de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies (IEET), un think tank créé par Nick Bostrom et James Hughes. Ce qui a pour effet que nos articles sont lus par 500 ou 1000 personnes, pas plus sur notre site, contre 6000 ou 8000 personnes une fois qu’ils sont passés sur le site américain de l’IEET, c’est déjà ça de gagné. Bon, après ça peut être lu davantage quand ça passe par la Newsletter, on sait pas toujours par quels canaux les gens tombent sur nos articles, ils sont parfois, par exemple, copiés par le site « iatranshumanisme », qui est souvent le site qui apparaît le premier quand on cherche le mot « transhumanisme » sur les moteurs de recherche, du fait de leur politique de référencement, ce qui donne de l’écho encore à nos publications.

Si la publication sur notre site vous intéresse, il faut savoir qu’on a un comité de lecture qui filtre, en gros, la qualité de l’écriture et la pertinence des sujets – mais bon ça en ce qui vous concerne, je pense que sur la pertinence des sujets, il n’y aura pas de soucis – et il veille aussi à la cohérence minimale avec les valeurs de l’association – mais là aussi au vu de notre échange, je pense qu’il n’y aura pas de soucis. Ce qui fait que si vous arrivez avec des articles déjà assez construits, ils ressortiraient du comité de lecture quasiment intouchés.

M.T. : Est-ce que vous avez la possibilité, avec votre comité de lecture notamment, de faire des traductions en anglais par exemple ?

M.R. : Oui, on a aussi des traducteurs. Moi récemment, je viens de me faire traduire un article en anglais. Donc voilà, il y a ces différentes possibilités et puis, dernière chose à laquelle je pense concrètement, c’est quand tu parlais de production d’outils. L’AFT a développé tout un ensemble d’outils qui, pour l’essentiel aujourd’hui, sont seulement à disposition des membres de l’association, mais on pourrait sans doute réfléchir à des manières de partager davantage certains de ces outils.

Jean Depiesse (J.D.) : On pourrait également se tourner vers des médias comme Thinkerview, Brut… et bien d’autres encore.

M.T. : En effet, même si j’aurais des choses à redire sur Thinkerview, ils sont néanmoins très efficaces sur leur communication. Je te rejoins Marc, ça peut être intéressant à termes de créer des outils en direction des partenaires.

M.R. : Tout à fait d’accord aussi, simplement, en tout cas personnellement, je n’ai pas les contacts donc je ne sais pas à qui m’adresser. Mais si vous connaissez des gens, ou si vous même vous êtes en mesure d’établir le lien, évidemment, ça ne peut que nous intéresser. 

M.T. : Pour ma part, j’y vais au culot généralement, c’est à dire que par exemple dans votre cas, c’est une personne qui m’a branché sur votre Discord, auquel je me suis inscrit, puis j’ai demandé à entrer en contact avec votre équipe. Ce qui nous a amené ici à cet entretien.

Je pense que des médias comme « Thinkerview » peuvent être approchés de la même manière, au culot, et vous avec l’AFT derrière et ce background conséquent mine de rien, ça pourrait très certainement les intéresser. Je pense donc que si votre associé Terence Ericson contacte la page, la validation sera assez rapide et débouchera éventuellement sur une intervention chez eux. Il ne faut donc pas hésiter à taper aux portes, c’est d’ailleurs ce que nous commençons à faire. Terence doit certainement s’y pencher activement, au vu de sa communication autour de l’AFT ces derniers temps, via ses conférences et vidéos notamment.

M.R. : C’est fort probable, mais d’après ce qu’il nous dit, Terence, ces derniers temps, il est très très pris par ces deux projets principaux.

D’une part, il y a son boulot à l’Institut Curie, là en ce moment il est complètement sous l’eau du fait de la crise sanitaire qui les oblige à tout fermer et tout arrêter, notamment les expériences en cours, pour confiner les laboratoires – Terence nous ayant rappelé qu’il y avait notamment des expériences à base d’énergie nucléaire par exemple, on imagine donc même pas la complexité de mettre tout ça sous cloche… et puis, du point de vue associatif, il est à 200% sur l’événement « Tomorrow for Good », et comme là il est obligé, dans l’urgence – il n’est pas tout seul heureusement et notre équipe l’appuie – de repenser tout ça afin de l’orienter vers une médiatisation très différente, je pense que pendant plusieurs mois il va avoir du mal à aller chercher d’autres médias.

M.T. : En termes d’événementiel, j’ai déjà été en charge de l’organisation de deux ciné-débat sur Avignon, l’un pour la promotion et l’avant-première, en France, du film « The Choice Is Ours » du TVP, et l’autre pour la promotion du film « Le Phallus et le Néant », de la réalisatrice Sophie Robert. Deux événements qui se sont tenus dans deux cinémas de la ville. Nous pouvons donc en faire de même pour l’éventuelle intervention de Terence, par exemple, dans l’idée d’une intervention type Tedx, autour du transhumanisme et de sujets connexes. C’est de l’ordre du possible.

M.R. : Ca peut d’autant plus le faire que, parmi les porte-paroles de l’AFT, il n’y a pas que Didier, Terence ou moi. Il y aurait, si je me souviens bien, une dizaine de personnes susceptible d’intervenir, et qui en plus, géographiquement, sont situés à des endroits divers. Donc, si on met la pointe du compas sur Avignon, je peux te proposer différentes personnes, en plus de Terence, Didier et moi, quand je suis en passage éclair sur le territoire [rires], qui peuvent se déplacer pour venir participer à quelque chose sur Avignon. On a un correspondant sur Marseille, on a un groupe qui reprend du poil de la bête sur Lyon, on a des gens qui sont, si on élargit le compas, en Suisse à Genève, c’est un peu plus loin mais bon c’est des gens qui sont susceptibles de se déplacer. Après le gars qui est sur Marseille n’est pas trop loin par exemple. Sur Grenoble on a eu du monde également, alors il s’avère que Terence était passé par Grenobles à la Fac. Enfin bon si vous avez un projet de cet ordre là, n’hésitez pas à nous faire signe, comme ça on voit parmi nos porte-paroles qui serait susceptible d’intervenir à la date donnée, et on vous fait la proposition. 

M.T. : A termes ça peut être intéressant, bien que pour l’instant je partirais plus sur le format blog avec des relectures croisées, ça et la citation des sites des uns et des autres en fonction de nos productions respectives. Mais l’événementiel reste une option intéressante.

M.R. : C’est envisageable bien entendu, sans pour autant mettre des ordres de priorité, vous nous direz.

Evidemment, même chose pour ces événements disons plus locaux, on serait ravi que ça puisse valoir de manière réciproque, c’est à dire que la prochaine fois que nous on organise quelque chose dans un périmètre raisonnable autour d’Avignon, comme Marseille, Montpellier, Lyon, ce genre de choses, si vous nous dites que ça vous intéresserait d’intervenir, on peut y réfléchir en fonction des thématiques abordées à ce moment là. Sachant que nous avons des thématiques qui peuvent correspondre [Approbation de notre équipe].

Il y a une autre catégorie de projets qui me semble intéressante de développer, et pour lesquels il est intéressant je pense, là aussi, d’essayer de réfléchir en termes de coopération. Ce sont des outils, qu’en général on développe en ligne, et qui sont des outils de ressources, qui peuvent être diverses, informatives…

Prenons des exemples pour être plus concrets : on a essayé de développer des bibliographies participatives, parce qu’on s’est rendu compte que des acteurs, parfois assez différents mais qui s’intéressent à des sujets communs – pour nous par exemple c’est le transhumanisme ou des choses connexes à ce thème – avaient tendance à développer chacun leur bibliographie dans leur coin, que ça soit des chercheurs universitaires, ou d’autres organisations, et qu’en fait chacun refait le boulot de zéro… Alors, notamment à propos du transhumanisme, qui est assez frais, on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de doctorants, ou des gens en master, qui s’intéressent au sujet mais n’ont accès à rien d’existant, enfin des choses existent mais elles ne sont pas très connues… Chacun refait donc constamment tout de zéro. Eh bien on s’est dit qu’on pourrait essayer de créer des synergies pour qu’il y ait un outil collaboratif, et que chacun vienne apporter sa pierre à l’édifice. Ca, ça pourrait prendre de l’ampleur et ça pourrait être utile à beaucoup de monde, et là c’est juste un exemple.

M.T. : Pour rebondir sur ce que tu viens de dire, pour ma part j’avais développé un petit blog sous wordpress intitulé « BooksC20 », où je référence un peu toutes les pistes de lecture intéressantes, selon nous, pour le développement d’une pensée proactive, et pour chaque lecture qui rentre dans ce cadre je fais un petit article.

De cette façon j’ai rédigé un article, par exemple, sur l’ouvrage de Frans De Waal, intitulé Le Bonobo, Dieu et nous, un autre sur l’ouvrage de Gilbert Hottois Le Transhumanisme est-il un humanisme etc, j’ai donc rédigé en tout une dizaine de notes de lecture de ce type, si ce n’est plus. Il est également à noter que nous déménagerons bientôt l’ensemble de ces articles sur notre nouveau site actuellement en préparation, qui hébergera notamment cette interview.  

M.R. : Donc tu vois, plein de choses qui peuvent intéresser des transhumanistes, enfin qui peuvent s’y intéresser au travers du prisme du transhumanisme. Je pense donc que plein de gens peuvent s’y retrouver, je pense que si tu as fait ça, à priori ça peut être collaboratif, mais si ça a une notoriété plus ou moins réduite, peu de gens vont y avoir accès, et ça ne va pas beaucoup se développer. Alors que si on arrive à en faire parler, si c’est une information qui circule sur les réseaux, ça peut prendre davantage de dimension.

Alors ça c’est juste un seul exemple, l’outil bibliographique, mais il y a d’autres exemples d’outils comme ça, très pratique.

Par exemple, dans le cadre de l’AFT, on a essayé de développer – certains de ces projets sont embryonnaires – mais on a essayé de développer des outils de suivi des innovations technologiques, et de suivi des annonces médiatiques autour de ces mêmes innovations, pour essayer de faire la part des choses. Notamment entre les annonces qui sont purement publicitaires, de la part des labos ou de certaines entreprises, et les annonces qui se traduisent en des applications concrètes. On s’est du coup rendu compte, progressivement, qu’il y avait d’autres personnes dans le monde qui essayent de mener ce type de travail, dont certains qui se demandent aussi comment on pourrait essayer de mettre en commun ce type d’outils.

Ca nous paraît donc très important également en termes de légitimation du discours scientifique qui, certaines critiques le signalent parfois, à force de trop de communication promotionnelle, finissent par décrédibiliser le discours scientifique, ce qui peut être grave. Donc, que des personnes qui ont une réflexion rationnelle se préoccupent de faire le travail de tri à ce niveau là, ça nous paraît d’autant plus important. C’est important vis à vis du discours que l’on essaie de tenir, un discours de vulgarisation scientifique. Donc voilà un autre exemple d’outils concrets.

Après, il y a encore d’autres styles d’outils, dont j’ai parlé très rapidement tout à l’heure, comme le fait d’avoir des listes de presse les plus à jour et complètes possible, ça peut avoir une grande valeur dans certains domaines et secteurs. De même concernant les listes de prospects et de contacts de plus en plus développées, etc.

Tu vois, ça c’est des outils qui se traduisent par des fichiers, des listes d’intervenants potentiels sur des sujets divers, ça aussi c’est précieux pour des gens qui cherchent à organiser des événements, des conférences, etc. Je pense d’ailleurs qu’on a chacun nos petites listes, toutes aussi importantes et utiles à croiser, quand on en a l’occasion.

Je peux vous dire que nous on a fait des bonds quand on a pu mettre en place des partenariats avec d’autres organisations, comme lorsqu’on a organisé l’événement « Transvision 2014 », qu’on a travaillé avec deux autres associations, en partenariat, et qu’on a échangé comme ça plusieurs de nos outils respectifs. Chacun s’est du coup enrichit de l’autre, et en termes de performances on a vraiment fait des progrès à ce moment là. Je pense qu’il faut avoir en tête ce type de démarches quand on cherche à faire travailler ensemble des organisations comme ça qui, chacune ont leur histoire, leurs habitudes, etc, et se dire qu’il vaut beaucoup mieux miser sur ces collaborations ouvertes où, au final, tout le monde peut y gagner beaucoup, plutôt que de miser sur, tu sais, les tentatives de récupération du type « Je suis plus gros que l’autre et je vais grossir pour attirer ses membres actifs… » [Approbation de notre équipe]. Il y en a qui sont sur la défense absolue de leur identité, il y a donc des gens qui peuvent être très frileux par rapport à ça. Après je ne connais pas de l’intérieur The Venus Project…

M.T. : Ils sont en effet très frileux par rapport à ça, du moins de ce que l’on en déduit nous vis à vis de notre propre expérience, concernant notamment le fait d’apporter des compétences ou des regards extérieurs. Enfin, ils prétendent le faire au niveau de la cellule dure, c’est à dire au niveau du centre décisionnel en Floride autour de Roxanne Meadows, mais on se rend compte avec Jean que c’est tout de même assez limité. D’où notre volonté de développer notre réflexion de manière plus indépendante, via Civilisation 2.0, sous la forme d’une SO (Supportive Organization). 

J.D. : S’il devait y avoir un échange puis une éventuelle collaboration entre le TVP et le mouvement transhumaniste, il faudrait contacter directement la Direction et ne pas passer par l’organisation bénévole actuelle – TVP Support – qui est une branche distincte et plus ou moins indépendante de TVP -, qui présente une série assez importante de problèmes. Il faut privilégier les contacts directs avec Roxanne Meadows, qui est la directrice actuelle, et ex compagne et collaboratrice de Jacque Fresco, là ça pourrait être intéressant.

D’ailleurs à l’époque, le transhumaniste Zoltan Istvan avait visité le centre, sans compter que Jacque a également rédigé la préface d’un ouvrage de Zoltan, intitulé The Futuresist cure : Notes from the frontlines of Transhumanism, ce qui a donné lieu à pas mal d’échanges. Ils restent donc très ouvert et accueille également la critique, mais il y a aussi ce dont parle Mathias, c’est à dire une espèce de … frilosité je ne sais pas si c’est le bon mot… ils essaient dans tous les cas de préserver les travaux de Jacque et ça se transforme en quelque chose qui voisine quelque peu le « dogme », c’est donc délicat. Ca va être amené à évoluer mais je pense que tant qu’ils n’auront pas mis en place une organisation à la hauteur des enjeux qu’ils défendent, ça va stagner.

Ils doivent mettre en place une organisation qui permettrait d’accueillir d’autres ressources humaines, des chercheurs, des partenaires, etc, qui permettront d’actualiser ce projet, notamment dans la façon dont il est défini. Mais tant que cette organisation n’est pas en place, il y aura une forme de stagnation et de surprotection qui ira à l’encontre du projet en lui même.

M.R. : D’un côté c’est dommage mais de l’autre ils existent encore donc, en tout cas de notre part, vous pouvez tout à fait leur transmettre l’idée que si ça les intéresse, s’il y a des opportunités de faire des choses ensemble, nous on est complètement ouvert. Après on vérifiera, a posteriori, dans quelles mesures on peut établir une réciprocité, ou pas, parce que si a un moment donné on se rend compte que c’est complètement à sens unique, ça n’ira pas [rires].

Mais dans un premier temps, à la limite même, tu vois on parle de proactivité, moi je pense que ce que je vais dire là en sera un exemple, personnellement je dirais même que ça relève de la philosophie personnelle [rires], c’est à dire que j’ai tendance dans ce type de cas de figure, même lorsque je sens certaines frilosités, à arriver à bras ouvert si tu veux. C’est à dire à d’abord montrer une envie d’une grande générosité, en misant sur le fait que cette attitude là peut provoquer une certaine attitude équivalente en échange. Alors c’est risqué quelque part, puisque tu peux tomber parfois sur des gens au tempérament d’escrocs, qui vont te donner l’impression de la réciprocité, alors qu’au fond ils chercheront simplement à te manipuler, mais d’un autre côté je suis pas tombé de la dernière pluie [rires]. J’estime donc qu’on est suffisamment capable de lire entre les lignes et que la plus grande générosité n’empêche pas de conserver des antennes déployées pour sentir comment le partenaire réagit en face. Voilà, je pense que c’est à la fois lié à mon caractère, je parle donc pour moi, mais dans le cas de l’AFT je trouve qu’il y a également d’autres personnes qui ont envie de fonctionner de cette manière, et au final je pense que c’est performant [Approbation générale].

C’est une façon de dire que ce n’est pas un problème si vous sentez des frilosités, des réticences ou ce genre de choses, on a fonctionné comme ça avec HEALES par exemple. L’association HEALES, porté en grande partie par Didier, a pendant longtemps – bien que Didier ait toujours été très ouvert – montrée certaines réticences en interne via quelques uns de ses membres. Tout ça parce qu’ils avaient une vision du transhumanisme à la Peter Thiel et à la Max More justement, et puis petit à petit on leur a démontré que non, c’était pas ça l’AFT. Ce qui fait qu’aujourd’hui on a mené plusieurs partenariats ensemble. Donc voilà, allez-y, pour nous il y a vraiment pas de soucis.

M.T. : Au vu de ce que tu nous proposes, plusieurs pistes de collaboration sont envisageables, notamment en ce qui concerne la production et la diffusion d’articles sur des thèmes chers à nos deux structures. Production qui sera disponible sur nos sites référents, dont l’un hébergera cette interview sous un format écrit. 

M.R. : Sur les sites C2.0 ?

M.T. : Oui, des sites actuellement en maintenance. En fait on aura un site plus axé sur la présentation de l’équipe, nos statuts, pour le côté plus associatif, et un site qui se présentera sous la forme de Civilisation 2.0 Actus, où seront hébergés tous les articles, billets de réflexions, tribunes, ce genre de choses, et peut-être même des fois des articles invités.

Et donc, à ce moment là, quand on aura tout en ligne, on pourra vous envoyer nos sources bibliographiques et articles traitant de thématiques proche des vôtres, comme ça s’il y a des choses qui vous intéressent vous serez libres de les reprendre.

Et puis idem, dès que j’aurai des articles qui traiteront du transhumanisme, du technoprogressisme, etc, je n’hésiterai pas à vous les envoyer pour une éventuelle relecture via votre comité, et également si ça vous intéresse de les reprendre pour les exploiter sur vos propres sites.

Sur cet axe là on pourra réellement bien travailler ensemble, et quand la pandémie ce sera quelque peu tassée, qu’on reviendra à une situation normale, on pourrait envisager des tables rondes sur Avignon, ou aux alentours. Si c’est sur Avignon, je pourrai l’organiser directement, que ça soit pour des intervenants comme Terence ou d’autres, comme dit précédemment.

Puis, quand Jean et moi on aura pris un peu plus de compétences sur les sujets en lien avec vos activités – parce que là actuellement l’article que je rédige en lien avec le technoprogressisme et le TVP est un champ de réflexion inédit pour moi, je me forme donc sur le tas en furetant un peu dans l’histoire des sciences etc, d’où l’intérêt de notre présent échange pour ne pas commettre trop d’impairs – le moment venu, donc, quand on sera plus à l’aise, on pourra envisager de faire des tables rondes ou des interventions, au nom de Civilisation 2.0, au sein de vos propres événements (en présentiel ou en visioconférence).

M.R. : Parfait.

CONCLUSION : Technoprogressisme, Transhumanisme et TVP, trois objets de pensée complexe animés par un même dessein ?

Notre entretien se termine donc ici. Nous remercions chaleureusement Marc Roux, le président et Porte-Parole de l’Association Française Transhumaniste : Technoprog, ainsi que son vice-président et Porte-Parole, Didier Coeurnelle, pour le temps accordé à cet échange riche et instructif.

Cette interview nous a permi de faire le point sur la contemporanéité de ces trois notions, actuellement assez floues dans l’esprit du grand public. Nous avons ainsi pu voir l’imbrication actuelle qui existe entre « technoprogressisme » et « transhumanisme », au point que l’on en vient aujourd’hui, du moins pour certaines branches du transhumanisme, à voir les deux comme étant indissociables.

Qu’en est-il de « The Venus Project » ? Il est certain que le TVP rentre en adéquation avec l’ancienne acception du terme « technoprogressisme », dans le sens d’un usage accru des sciences et des techniques pour l’amélioration du bien-être commun, mais cette adéquation ne semble pas pour autant totale avec l’acception moderne de ce terme. En effet, si Jacque Fresco et Roxanne Meadows se sont activement penchés sur la formulation d’un projet socioéconomique radicalement nouveau, ils n’ont cependant pas poussé aussi loin la réflexion sur la liberté de l’individu à prendre en main sa propre évolution biologique, du moins à notre connaissance. Cette réflexion n’est cependant pas totalement absente si l’on se réfère aux influences bibliographiques de Jacque Fresco, des influences nettement teintées d’idéaux transhumanistes et technoprogressistes, via des auteurs comme Eric Drexler, BC Crandall, Arthur C.Clarke, Ray Kurzweil, ou encore Elliott Maynard. Mais, bien que cette réflexion soit présente en arrière plan, force est de constater que le TVP concentre principalement son attention sur la nécessité de changer l’environnement de l’individu. En ce sens, il y a donc une certaine mise à l’écart de cette réflexion sur la liberté de l’individu contemporain à prendre en main sa propre évolution biologique, bien que le TVP puisse certaines fois nous mettre en garde, de manière sommaire, sur les risques de telles techniques dans le cadre mercantile actuel. Un sujet de première importance pour les transhumanistes de tous bords, notamment pour les transhumanistes technoprogressistes de l’AFT. Une position que rejoint également l’ONG Civilisation 2.0, notamment au vu de l’avènement de plus en plus rapide des technologies dites de rupture, sur lesquelles il nous faut réfléchir quant aux basculements qu’elles entraîneront inexorablement dans l’organisation de nos sociétés humaines et de nos rapports entre individus.

Ainsi, l’allongement de la durée de vie, la possibilité d’améliorer nos capacités physiques et cognitives, la réflexion sur les questions bioéthiques en lien avec le développement de ces nouvelles technologies, et plus encore sur la redistribution équitable de l’accès à ces dernières dans le contexte socioéconomique actuel, sont des réflexions qu’il manque au TVP afin de pouvoir s’inscrire dans le cadre technoprogressiste, tel qu’il est entendu actuellement.

On voit donc que ce qui fait défaut ici est en soi une réflexion sur les modalités de transition du modèle socioéconomique actuel au(x) modèle(s) imaginé(s) afin de pallier aux insuffisances de ce dernier. Si cet élément pose question, il est cependant clair que ces trois notions, que sont le technoprogressisme, le transhumanisme et le TVP, ont cependant pour point commun leur intérêt pour les domaines de la prospective et de la pensée proactive. De plus, les contours de cet idéal commun semble correspondre en bien des points. Un idéal non pas inatteignable mais incertain, dès lors qu’il s’agit de l’instaurer ensemble, ici et maintenant. Différentes visions théoriques d’un même idéal qui, malgré leurs divergences, servent néanmoins de ligne d’horizon afin d’encourager le genre humain à avancer et progresser, en usant au mieux des moyens à sa disposition, tout en préservant le milieu dans lequel il évolue.

 

L’avenir semble donc vu, d’un commun accord, via le prisme d’une pensée proactive et résiliente. Ces trois objets de pensée sont également animés par un même optimisme, non pas naïf mais prudent et entreprenant. L’ONG Civilisation 2.0 fait donc ici le pari d’associer son propre optimisme à celui du courant technoprogressiste qu’est l’AFT, afin d’enrichir et d’actualiser la proposition d’Économie Basée sur les Ressources (EBR) formulée par le TVP. L’objectif est donc clair, tendre ensemble vers cet idéal commun de résilience progressiste et ouvrir l’oeil quant aux meilleures façons d’y parvenir, d’où l’intérêt d’être constamment disposé à nous réinventer et à nous adapter, pour prolonger ensemble l’histoire du genre humain.

Mathias TECHER et Jean DEPIESSE

Je crois également qu’est heureux celui qui adapte sa façon de procéder aux caractéristiques de son temps ; et que, de même, est malheureux celui dont les procédés ne sont pas en accord avec son temps.

Machiavel, De principatibus. Il principe, 1513

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